Raphaël Anglade | 2 octobre 2008 | |
19 commentaires
Le fracas de la tempête financière couvre les pépiements des socialistes.
Quand on pense qu’on a assassiné Jaurès en 1914, parce que sa seule voix aurait pu empêcher une guerre ! On n’en a plus beaucoup, de telles voix...
Et pourtant, il y aurait tellement de motifs de colère !
Les médias nous distraient avec ce patron qui a gagné 19 millions de dollars en deux semaines, avant que sa banque ne fasse faillite, grâce à un "welcome bonus" et à un parachute doré. C’est une imbécilité, mais
il y a tellement plus grave...
La crise des subprimes, par exemple. C’est quand même la crise d’un système qui a décidé de vendre des maisons à des gens non solvables, au seul motif que le prix de la revente, vue l’inflation des prix de l’immobilier, garantissait le remboursement de la banque. Pure spéculation. Création de valeur absolument déconnectée du réel. Tout le monde savait qu’à la fin, il y aurait un dindon de la farce. C’est comme ça depuis la bulle des tulipes à Amsterdam !
On nous dit aujourd’hui que c’est bien d’avoir aidé les plus pauvres à accéder à l’immobilier. Mais ils n’y ont pas accédé, puisque tout le monde est ruiné maintenant. Et une fois encore, la seule garantie de la banque était la revente du bien à une valeur spéculative.
Le système entier vit sur la spéculation. Et on court d’une spéculation à l’autre. La "bulle immobilière" a immédiatement succédé à la "bulle internet". Et il y en aura une autre demain (énergie ?, nanotechnologies ?).
Tout le système vit de la bulle : banques, finances, avocats d’affaires, cabinets de conseils, presse économique... Comment y renonceraient-ils ? Comment vivraient-ils, tout simplement ?
Il y aurait une telle colère à faire tonner contre un système qui ne sait vivre qu’en hypercroissance et qui fabrique des bulles, pour gagner 7 à 10 ans de croissance infondée, avant de ratiboiser les petits épargnants.
Donc ces messieurs font faillite. Tous en même temps tant ils ont étroitement lié leurs intérêts.
Le secrétaire d’Etat au Trésor américain, Henry Paulson, propose de mobiliser 700 milliards de dollars pour éponger le trou. Ca veut quand même dire qu’il y a des petits génies qui ont brulé 700 milliards de dollars, et qui ont été pendant ce temps là grassement payés. Et que personne ne songe à leur dire "eh, oh, on s’est trompé, vos bonus étaient immérités". Il n’y a pas de quoi se mettre en colère, là ?
Et que propose le ministre de Bush ? D’utiliser l’argent des contribuables américains (2 300 dollars par américain), pour racheter les actifs pourris...
Vous avez bien entendu ! Pas pour recapitaliser les banques en contrepartie de nouveaux actifs pour l’Etat, comme on le fait en Europe. Non. Pour acheter, avec l’argent public, des choses qui ne valent rien et qui ont été imprudemment achetées par des types qui savaient que ça ne valait rien mais qui pensaient avoir le temps de le revendre à d’autres. Racheter les trucs pourris et laisser les parties saines faire leur beurre. Nationaliser les pertes et privatiser les profits. Dépenser cette somme colossale et renoncer à imposer de nouvelles régulations au marché. Ca ne vous met pas en colère, ça ?
Qui s’est élevé contre ce plan ? Personne. Les protestations républicaines visaient le principe d’une intervention d’Etat d’une telle ampleur, et non pas la forme d’intervention. Obama et MacCain, du bout des lèvres, ont approuvé cette décision.
En France, on renfloue Dexia mais on prend des participations. C’est plus clair.
Mais ce n’est pas tout. Il y a d’autres colères encore plus urgentes. Par exemple quand je vois dans la presse que Sarkozy reçoit, pour chercher une solution, M. Minc et M. Seillière, entre autre.
Je pense quand même que Sarkozy, en ce moment, il aimerait bien trouver de vraies solutions. Parce que sinon son mandat ne va pas très bien se finir, et les gens vont se souvenir longtemps qu’il a commencé par distribuer l’argent aux riches. Donc s’ils reçoit ces types, c’est qu’il croit vraiment qu’ils sont compétents.
Et c’est le fond de ma pire colère : avoir perdu, depuis 30 ans au moins, la bataille idéologique. Des gens très riches mais voulant l’être plus encore ont travaillé au corps les différentes élites, acheté des médias, financé des "think tank" pour diffuser l’idée que la compétence était de leur côté, et que les laisser travailler sans contrôle était somme toute le meilleur moyen de créer de la richesse pour tous. Et ces types ont payé leurs primes et leurs vacances au ski avec des investissements idiots qui leur laissent aujourd’hui un trou de 1 000 milliards de dollars rien qu’aux Etats-Unis (1000, parce que les 700 milliards de Paulson s’ajoutaient aux 300 déjà dépensés). 1 000 milliards de dollars c’est 12 ans de décicit de la sécu. Mais là, ils n’ont soigné personne, ils ont payé leurs primes et leurs dividendes.
Comme disait Lénine, ils nous auraient vendu la corde pour les pendre, si on avait payé en cash.
Qui va dire que ces théoriciens du libre marché sont des menteurs ? Qui va dire qu’ils ne croyaient pas un mot de ce qu’ils ont raconté ? QU’ils ont juste essayé de s’en mettre plein les poches ? Qu’ils ne savent pas s’arrêter et qu’il faut leur imposer des limites ? Qui le dit, aujourd’hui, qu’ils n’ont plus aucune raison de revendiquer un monopole sur l’efficacité ? Qui dit que si l’Etat injecte l’argent du contribuable, il est fondé à demander quelque chose en retour ?
Personne ne dit cela à gauche.
Pour des raisons toutes plus minables les unes que les autres, la gauche se tait ou reste inaudible.
Il y a ceux qui vivent dans cette bulle (bon nombre sont désormais au gouvernement), et s’alignent sur les maîtres du petit clan dans lequel ils sont installés.
Il y a ceux qui n’y comprennent rien et sont trop paresseux pour se former...
et il y a ceux qui ne s’intéressent pas aux gens ni à l’efficacité, tout pris qu’ils sont par le romantisme des mots si cher à la gauche. Ceux-là s’interrogent doctement sur le sens du mot libéralisme au lieu de se demander ce qu’il conviendrait de faire, concrètement, pour arrêter l’icendie.
Vraiment, il y a des colères qui se perdent.
- Raphael Anglade
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Messages de forum
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Paulson, ancien dirigeant de Goldman Sachs -et toujours possesseur de nombreuses actions de cette dernière- la sauve et sacrifie la banque concurrente, Lehman Brothers...
Mais, pire encore, sa porte-parole a confirmé -ce que nous savions- que les 700 (ou 1000, comme on veut) milliards de détournement ne sont qu’une estimation "à la louche".
Forcément, on entend depuis plus d’un mois que "les banques ne se prête plus entre elle", qu’"elles ne se font pas confiance".
Forcément, personne ne sait exactement, qui détient les créances pourries, combien il y en a de ces obligations émises criminellement en les mélangeant à des AAA avec la complicité des agences de notation et le silence des autorités de contrôles et des observateurs de tout poil.
C’est donc tout le milieu de la politique (gouvernement et élus), de la finance et de la presse est coupable.
Coupable de crime crapuleux.
Pour fabriquer un seul faux billet, vous êtes passible de la perpète.
Alors, imaginez ce qui devrait se passer avec cette crise de la finance (et non seulement financière) !
Et voila maintenant qu’il faudrait détourner l’argent pour construire des immeubles sociaux, en manque criant, pour renflouer ces criminels ?!
J’ai de "drôles" d’envies qui me montent à la gorge !!!
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2 octobre 12:53, par NaOH
Sauf erreur de ma part, 1000 milliards, c’est plutôt 100 ans de déficit de la sécu (je dis bien : 1 siècle) que 12 ans !
Quant aux colères qui se perdent... ce n’est pas sûr du tout !
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2 octobre 13:21, par P.-Y. D.
Entièrement d’acord avec ton analyse.
Sarkozy est mal barré avec Minc le chantre de la "mondialisation heureuse". C’est un peu comme de voir sa maison brûler et aller solliciter la bonne volonté d’un pompier pyromane. Comme je le disais dans un autre commentaire, nous pouvons critiquer les raisons pour lesquelles le plan Paulson a été rejeté coté républicain, c’est à dire au nom du laissez-faire, mais la réaction de la Chambre des réprésentants est très saine et montre que les institutions républicaines américaines sont sous certains abords plus démocratiques que les notres, lesquelles, à coup de 49.3 ou de décrets en tous genres, peuvent faire passer la volonté du prince sans consulter le peuple souverain.
Aux USA le monde des affaires phagocyte totalement la vie politique, mais les institutions permettent encore l’exercice d’un contre-pouvoir.
Le rejet du plan Paulson c’est aussi finalement l’expression d’un vrai débat sur l’économie.
Ce que dit votre article. Des américains ont dit "NON, STOP", ne nous prenez pas pour des c..
De toute façon le plan Paulson est une cautère sur une jambe de bois et ne s’attaque pas aux racines du mal. Comme vous le dites très bien la croissance de ces dernières décennies n’aurait pas été si forte, aux USA et dans le monde, si ne s’était pas développée cette industrie financière qui a véritablement dopée l’économie.
C’est donc le modèle de croissance actuel qui est en cause. IL faut maitenant, et surtout A GAUCHE, proposer des solutions alternatives qui permettraient d’avoir une économie viable dans le contexte d’une baisse des profits.
De toute évidence cela ne peut passer que par l’adoption d’un modèle économique plus endogène.
Ou alors il faut renoncer à la démocratie et compenser la baisse des profits des entreprises par la poursuite et l’aggravation du néo-colonialisme.
Les chinois s’y mettent d’ailleurs. D’après certaines infos ils envoient en Afrique leurs prisonniers pour comprimer les coûts au maximum.
La part dévolue à la rémunération du travail doit augmenter dans le PIB. Bref le capitalisme doit renoncer à la finance spéculative et miser sur l’épargne des travailleurs pour dégager le manque à gagner résultant de la diminution des liquidités fournies par la bourse. MAIS, à la condition, je le répète, que l’on s’expose moins à la concurrence des systèmes sociaux. Evidemment cela fera bondir certains, mais un certain protectionisme s’avère alors nécessaire, et même indispensable.
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sarkozy il s’en fout car j’ai lu sur internet qu’il pourrait être à la tête du groupe créé par la fusion Aréva Bouygues !
Ce qui explique son attitude de Vrp du nucléaire !
Alors la France est sans doute le dernier de ses soucis
Voir en ligne : http://le blog finance
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2 octobre 18:44, par De La Mata jeanpaul
Vous vous voulez rire , comment peut-on penser qu’il y a des colères qui se perdent dans le monde d’internet ?
Vous comptez sur qui pour les faire éclater ?
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3 octobre 09:00, par 1984
Pour ne pas oublier.
http://www.u-m-p.org/propositions/index.php ?id=credit_hypothecaire
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3 octobre 13:26, par nina
bravo pour cet article qui a le mérite d’être clair,les maîtres ont encore une
âme de valet je ne sais plus qui disait cela mais je trouve que c’est tout à fait le profil de nos "hommes" politique aujourd’hui
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je ne suis pas sur que sarkozy soit si pressé de trouver des solutions. Je veux dire bien sur il aimerait mais il sait surtout que la crise est une formidable aubaine pour lui imputer tous ses futurs échecs et pour justifier n’importe comment (mais qui s’en souciera) des mesures à destination des ses amis. Pour certains la crise, c’est pas si mal.
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Pure vérité ! Bénie, cette crise qui va faire oublier le passé et justifier les futurs coups de baton.Il va peut-etre meme finir en héros notre bon président.
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juste pour te dire que je suis d’accord avec ton article et que tu expliques clairement ce qui se passe.
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Quelle conséquences la crise aura-t-elle sur les paysans d’Afrique et les peuples qui vivent dans la faim en général ?
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8 octobre 21:47, par Paco Alpi
Bonjour, j’ai peur que le retard à l’allumage de la gauche soit plus grave encore, non pas seulement sur la crise financière internationale,-le mot krach mondial a été prononcé,- mais sur les conséquences encore à venir de la crise économique et politique qui s’annonce, clairement sensible déjà, et pas seulement dans les pays riches.
Le mot de récession, pour les plus pauvres, c’est une simple condamnation à mort, - et on se préoccupe de sauver ... les banquiers, les banques, et leurs incroyables crédits. Voir ici :http://pacoalpi.blogspot.com/. Ce monde est à la fois malade et fou.
Voir en ligne : Le monde est-il malade ou fou ?
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Dans la réponse des gouvernants, il me semble que le problème n’est pas dans la réponse, il faut bien dans l’immédiat remettre le circuit financier en route ne serait-ce que pour les entreprises et les particuliers. Par exemple les crédits d’investissement.
Le problème tient que cet immense fortune, nous en sommes à plus de 1 000 milliards de dollars rien que pour les USA plus des centaines de milliards d’euros pour l’Europe sont injectées dans le circuit sans aucune contrepartie à ce jour.
Il faut impérativement remettre à plat les systèmes financiers, les USA n’en ont pas parlé, la France, en ce moment à la tête de l’Europe n’a rien fait en dehors que de vagues discours sur les parachutes dorés pour lesquels il n’y aura pas de loi et dont parizot s’est contenté de "conseiller" à ses adhérents de les éviter.
Il y avait des décisions rapides et importantes à prendre en même temps que celle d’injecter de l’argent dans le circuit et l’immobilisme des gouvernants est effrayant et laisse mal présager de l’avenir.
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54% des Français pour un changement important du système capitaliste (sondage)
Sans commentaires :
PARIS, 8 oct 2008 (AFP) - Un total de 54% des Français pensent qu’il faut "transformer radicalement" ou "réformer en profondeur" le système capitaliste, selon un sondage CSA pour l’Humanité Dimanche, à paraître jeudi.
Dans le détail, 40% estiment qu’il faut le "réformer en profondeur" et 14% qu’il faut le "transformer radicalement". En mars 2006, ils n’étaient que 45% à choisir l’une ou l’autre de ces réponses, rappelle l’institut. 40% des personnes interrogées (-9 points par rapport à mars 2006) pensent qu’il suffit de "l’aménager sur quelques aspects" (36%) ou qu’il faut "le laisser tel quel" (4%). 6% ne se prononcent pas. Pour 60% des sondés, on assiste actuellement à "une crise générale du système capitaliste qui nous concerne tous", tandis que 35% considèrent qu’il s’agit d’une "crise boursière passagère qui provient des excès des marchés, notamment américains". 5% ne se proncent pas. Sondage réalisé par téléphone les 1er et 2 octobre, auprès d’un échantillon national de 952 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Notice complète disponible auprès de la Commission des sondages.
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12 octobre 14:01, par Anonyme
Bravo pour votre article ! Surtout sachant que le pire reste à venir. La crise est pour l’instant une crise du secteur financier, mais c’est au fur et à mesure qu’on va dérouler leurs investissements dans le monde réel qu’on va déchanter.
C’est un peu comme si on avait demandé à la mafia de financer notre économie et qu’elle était en train de s’entretuer.
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