Ségolène Royal , Élections 2007
Damien Renaud | 19 janvier 2007 | | 14 commentaires
Ségolène entend, les socialistes attendent !
Inquiétude au Parti Socialiste, certains sondages indiquent un recul des intentions de vote favorables à la représentante socialiste face à Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle : 48% pour la candidate Ségolène contre 52% pour le ministre candidat (jeudi). Le potentiel de vote en sa faveur chute quant à lui de 68% en novembre dernier à 58% aujourd’hui.
Un « trou d’air » ?
Tant et si bien que les médias qualifient la tendance de « trou d’air ». Vincent Peillon, député européen et membre du bureau national du PS s’alarme : « il faut à nouveau réunir le parti pour travailler collectivement, sinon on risque d’avoir des déconvenues ». Ségolène Royal ne semble pas céder : « Il faut tenir » lançait-elle mardi soir lors du conseil politique hebdomadaire du parti socialiste. Le Monde a eu accès à l’intégralité du débat par l’intermédiaire d’un membre du bureau national qui aurait appelé la rédaction et laissé son portable ouvert pendant toute la réunion. Cependant, même si certains s’impatientent et soulignent la nécessité de discours politiques, cette tendance ne semble pas catastrophique et véritablement dommageable au Parti Socialiste, pas suffisamment en tout cas pour remettre en question la stratégie d’écoute que Ségolène Royal souhaite maintenir et qui devrait s’achever le 11 février prochain après plus de 5000 réunions dites « participatives ».
Un contexte difficile.
La tendance s’explique davantage par le contexte d’intronisation du « Petit César » (Marianne) sacralisé par plus de 98% des adhérents UMP qui participait à la « primaire » le 14 janvier dernier. Le ministre de l’intérieur qui briguait seul la candidature a multiplié les déclarations captant de fait les médias déjà à l’écoute. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy tente clairement de s’imposer dans un nouveau registre, n’hésitant pas à piocher dans l’idéologie socialiste par une citation de Jaurès, ou encore au travers d’une affiche ressemblant étrangement à celle de François Mitterrand : La force tranquille. Pas étonnant, le message est maintenant celui de la rupture tranquille, et cela, dans la parfaite lignée des précédents candidats à l’élection suprême, rappelons le slogan de Valéry Giscard d’Estaing qui prônait le « changement dans la continuité ». Le 1er secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, dénonçait le lendemain la captation d’héritage opérée par Nicolas Sarkozy, et l’accusait de semer la confusion en effaçant les lignes. Décidément, une bien mauvaise semaine pour le Parti Socialiste, Mr Hollande s’était attiré les foudres de Dominique Strauss-Kahn suite à son idée de revenir sur les baisses d’impôts à partir de 4000 euros de revenus nets par mois : « Il ne s’exprime pas comme le premier secrétaire mais à titre personnel ». DSK ajoutait férocement : « il fait sans doute partie du débat participatif ».
La petite blague de trop ?
Et puis il y’a eu Arnaud Montebourg, mercredi soir, sur le plateau du "Grand Journal" de Canal+. A une question des journalistes sur les défauts de la candidate socialiste à la présidentielle, il répond : "Ségolène Royal n’a qu’un seul défaut, son compagnon". Une plaisenterie, c’en était une assurément, surtout venant de la part de l’inventeur du "flamby" ou encore "l’ami molette" pour désigner le premier secrétaire du PS. Mais c’était à l’époque où il était député de base. Hier soir, c’était le porte-parole le plus médiatique de la candidate qui s’exprimait sur Canal+. C’est là que le bat blesse : suspendu pour un mois. C’est à dire un tiers de la campagne présidentielle jusqu’au Premier tour, le 22 avril prochain. Il devra dès lors s’efforcer de mobiliser son courant "Rénover Maintenant" et affronter les doutes de ses soutiens quand à sa capacité de "peser" sur l’aile gauche de la candidate, largement entamée par sa suspension annoncée aujourd’hui.
La campagne participative
Cette suspension vient alourdir une semaine déjà mal engagée où est remise en cause pour la première fois la méthode de campagne de Ségolène Royal, qui est pourtant ambitieuse. Par ailleurs, cette période de consultations présente un autre avantage : concentrer la campagne et la nécessaire confrontation avec le candidat de la droite aux deux derniers mois précédant l’élection. Cependant, la pertinence du débat participatif reste tout de même sujet à débat dans la mesure où ce positionnement d’écoute ne correspond pas forcément à l’attente des français qui préfèrerait peut-être se voir proposer une vision. Le Général De Gaulle ne s’était pas embarrassé d’un tel processus pour affirmer d’emblée : « Je vous ai compris ». Enfin, cette ambition manifestée par le camp socialiste de redonner le sentiment aux citoyens français de véritablement participer au processus démocratique suscite bien des espérances, qu’adviendra t-il si le fameux programme tant attendu n’est finalement pas si différent ? La campagne participative vient de subir sa première turbulence sérieuse, il s’agit désormais de savoir comment cette méthode saura rebondir et si le trou d’air se transformera en appel d’air frais.
- Damien Renaud






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