Libertés individuelles , Quinquennat Sarkozy
Guy Birenbaum | 21 août 2007 | | 1 commentaires
Sarkozy et les Fleurs du Mal
La liberté d’expression : d’écrire, de penser, de parler.
Le droit et le devoir d’agir.
De critiquer. De s’opposer.
De "résister"...
Chaque jour qui passe, je suis interpellé, et parfois même admonesté et vilipendé, par des commentateurs de ce blog qui voient dans la période (la présidence Sarkozy) l’antichambre du ou d’un ’fascisme’.
C’est que je me refuse à les suivre dans cette qualification et que je récuse volontiers des assimllations dont l’anachronisme n’est pas le seul travers.
J’avais, d’ailleurs, la même querelle avec les ennemis du FN, lorsque, analysant sociologiquement le phénomène dans les années 90, je réfutais à l’identique la filiation ’fasciste’ à propos du parti de Jean-Marie Le Pen. Mais c’était une toute autre histoire et, faute de place, je n’aurai pas la cuistrerie de renvoyer ici à mes travaux universitaires de l’époque (juste un aperçu critique de mon livre, Le FN en politique, ici).
Tout juste puis-je indiquer, de manière lapidaire et lacunaire, qu’à force de stigmatiser un adversaire, certes on le marque, mais on le démarque aussi, dans le même temps. Ce qui dans une compétition - fût-elle politique - finit par être un avantage pour lui, une ’ressource’ ; quand bien même la marque octroyée serait-elle perçue comme négative, dévalorisante. En résumé, mieux vaut une mauvaise marque/image que pas d’image/marque du tout...
L’erreur d’appréciation et d’interpétation qui a conduit à faciliter l’embellie du FN a donc été reproduite en 2007. Force est de constater que nous avons terminé, il y a trois mois, dans une impasse similaire à celle de 2002.
Et je goûte de moins en moins les voies sans issues...
Bref, n’adhérant pas aux "arguments" des contempteurs de Nicolas Sarkozy sur ce terrain-là , comme un mouton béat et bêlant - et même si je partage nombre de leurs indignations - j’en deviens suspect...
Peu m’importe. Je ne suis pas là pour plaire ; ni pour contenter.
Comme hier ce ’fascisme’ est, une fois de plus, revenu sur le tapis, je me suis interrogé sur la meilleure manière de tenter de convaincre ou de raisonner les plus irréductibles des NRVés.
Eh bien, c’est le calendrier - et l’Histoire, justement... - qui m’ont facilité la tâche en m’offrant, ce 20 août, une bien belle opportunité.
En effet, il y a 150 ans - jour pour jour - avait lieu le procès d’une oeuvre d’un écrivain, d’un poète, et non des moindres...
Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire.
J’ai donc choisi, à dessein, de revenir sur cet épisode de façon à ce que les plus radicaux mesurent combien certains mots/maux (la censure en l’occurence) ne collent à une époque - et ne sauraient la caractériser - que lorsqu’ils sont avérés par des faits précis.
C’est alors Napoléon-le-Petit qui règnait.
Il avait rétabli l’Empire, le 2 décembre 1852, après avoir été élu Président de la République en 1848.
20 août 1857.
Une partie des Fleurs du mal de Charles Baudelaire est censurée et interdite par la justice pour "outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs".
Trois accusés se retrouvent dans le box de la 6ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine : Baudelaire, et les éditeurs Auguste Poulet-Malassis et Eugène de Broise.
Face à eux le procureur Ernest Pinard (sic).
Ce dernier confie dans son réquisitoire que "poursuivre un livre pour offense à la morale publique est toujours chose délicate" et que "le juge n’est point un critique littéraire". Cependant, pour le procureur Pinard, "le juge est une sentinelle qui ne doit pas laisser passer la frontière définie par le législateur. Une frontière qui, pour lui, serait franchie par certains poèmes des Fleurs du mal : "Croyez-vous qu’on puisse tout dire, tout peindre, tout mettre à nu, pourvu qu’on parle ensuite su dégoût né de la débauche"...Et le procureur de décrire Baudelaire comme quelqu’un qui, toujours, "fouillera la nature humaine dans ses replis les plus intimes, l’exagérera surtout dans ses côtés hideux".
Dans la journée, le tribunal, présidé par M. Dupaty, rend son jugement.
Si le délit d’offense à la morale religieuse a été écarté, Baudelaire est coupable de "l’effet funeste des pièces incriminées, qui conduisent nécessairement à l’excitation des sens par un réalisme grossier et offensant pour la pudeur".
Baudelaire est donc condamné à 300 francs d’amende. Les deux éditeurs à 100 francs chacun. Six poèmes vont être retirés du recueil.
À la fin de l’année 1856, mon voisin Trouvillais, Gustave Flaubert publiait en revue Madame Bovary, puis, en avril 1857, l’œuvre sortait en livre. Flaubert sera alors l’objet, lui-aussi, d’un procès pour atteinte aux bonnes mœurs. Mais il sera acquitté en février de la même année.
Il faudra attendre mai 1949 pour que la Cour de cassation casse et annule le jugement concernant Les fleurs du mal...
Ce post m’a notamment été inspiré par un article d’Alexandre Pouchard, paru hier dans l’édition normande de Ouest-France (19 août).
Absent pour la journée, je ne peux vous répondre avant fort tard. Pas d’NRVement.
- Guy Birenbaum






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