Mais j’aimerais savoir tout de même où sont les jeunes militants du parti socialiste.

À considérer l’assistance il y avait tout lieu de craindre que les assises de la Rochelle, censées diagnostiquer la rénovation, se limitent aux ternes retrouvailles de la Fédération du Nord avec celles des Yvelines dans les déjeuners de la salle plénière, et que la conclusion des débats, s’il dût y en avoir une, se résume à cette phrase entendue dans un atelier ;

« Avant de nous demander pourquoi nous avons perdu, peut-être faut-il se demander si nous avons vraiment perdu, parce qu’avec le truquage des résultats par TF1, on n’est jamais très sûr... »

Mais de la même façon que son voisin a ramené au silence l’interruptrice geignarde, le contenu des interventions – du moins de celles auxquelles j’ai choisi d’assister – a tranché curieusement sur l’atonie des débats de l’été.

J’ai découvert l’après-midi du 31 août, ayant malencontreusement échappé aux grandes solennités du lancement de l’Université, le principe du fonctionnement des ateliers, qui veut qu’un universitaire déroule en vingt minutes les thèmes du sujet donné et que dans la salle les deux heures suivantes les participants, signalés sur leur veste par une étiquette rose, reprennent les termes de l’exposé et diagnostiquent autant qu’ils peuvent. Bien sûr, la sélection naturelle des candidats à la parole, selon leur degré d’assurance et leur notoriété au sein d’une rangée d’assistants, évite que les militants par trop basiques mènent à eux seuls la rénovation, et la durée des interventions se déterminera à l’avance en proportion du grade occupé par chacun dans sa fédération. Tant mieux peut-être, puisqu’eux ont à faire connaître, au-delà de leurs clivages idéologiques et de leurs doléances anti-sarkozystes, leur expérience de gestion locale qui les deux premiers jours me semble prodigieusement exotique. À la Rochelle il n’y a pas de célébrités, mais on peut voir enfin tous ceux que les quotidiens ne mettent jamais dans leurs six premières pages, et sur qui, pourtant, repose bon an mal an tout le poids des malheurs et des réussites du socialisme français.

Ce sont eux, qui, cette fameuse après-midi, s’attellent dans une demi-douzaine d’ateliers au décryptage des résultats électoraux de l’année 2007, et qui ramènent en foule, pour alimenter les débats, des nouvelles de leur commune, de leur canton ou de leur département ; qui, après l’introduction savante d’Hervé Le Bras, démographe et statisticien, infirment ou approuvent quelques chiffres grâce aux détails vrais de la vie de leurs administrés, et qui, parfois heureusement inspirés, parfois lyriques, font du Français-machine-à-vote, et déterminé strictement par son environnement géo-socio-culturel, l’objet de leurs considérations navrées. De là il ressort que la population vieillit et que cela n’est pas bon pour nous, puisqu’une population âgée, tout le monde s’accorde là-dessus, votera en priorité pour la défense du travail et la protection de l’héritage. Comme il est difficile tout de même de proposer pour 2008 un programme bâti autour de ces thèmes, on conclue pour l’instant qu’à défaut de changer d’idées, il faudrait changer les Français. C’est à mon sens la limite de l’exercice : de tous côtés on veut faire de l’élection le découlement naturel d’un état de faits et de moeurs, ce qui se défend, mais on comprend un peu tard qu’un diagnostic n’équivaut pas à un traitement, et que pour discuter des termes pratiques du retour en force du parti, il faudra sans doute attendre un an de plus.

Le lendemain l’analyse cède au plan d’action, puisque dans la salle plénière il est question des territoires face au défi sarkozyste, autrement dit, de la manière simple et utile dont on peut affaiblir le gouvernement depuis les campagnes et les villes. Il n’est pas un journal qui le lendemain ou le jour même n’ait expliqué à ses lecteurs que le PS visait les présidentielles, puisque Delanoë était à la Rochelle ; pour cela je n’en sais rien, je ne l’ai pas entendu parler ; mais je puis affirmer que le PS veut gagner les municipales, car j’ai vu des maires de tout le pays réunis sur l’estrade pour exprimer leurs joies et leurs douleurs de gestionnaires des misères du peuple français. Si l’Université depuis quinze ans se tient à la Rochelle, c’est aussi parce que parmi les villes socialistes, c’est une de celles dont le climat est le plus doux, les monuments les plus anciens, les habitants les plus aimables et de meilleure moralité ; bref, c’est parce qu’à la Rochelle tout le monde doit percevoir la chance extrême qu’il y a à vivre en terre de gauche, et qu’il y a tout intérêt à ce que ce climat débonnaire transparaisse dans les photos à paraître en une. C’est à peu près le sens du discours de clôture.

En tout cas il est très surprenant de voir côte à côte dans des fauteuils club le maire de Clamart et celui de Sarcelles, celui d’une ville du Sud et cet autre d’une ville de Bretagne, s’expliquer les uns aux autres que leurs intérêts ne sont pas les mêmes et parfois qu’ils s’opposent, qu’en toute logique celui-ci qui fait rentrer des impôts devrait en redistribuer une partie à celui-là qui sans argent administre des gens sans ressources ; le spectacle est curieux, et souvent instructif, quoique tout à fait vain puisqu’on en retiendra que la politique des territoires se joue au niveau des territoires, et que c’est comme cela justement qu’on abattra Sarkozy, qui lui pense à la nation et traite avec mépris les collectivités territoriales. Il reste six mois pour faire comprendre ces nuances aux Français dont il était question plus haut.

Quelles qu’aient été les conclusions des ateliers et des discours, la tonalité des interventions et la rigueur des exposés, que je n’ai pas cherché à rendre dans cet article, il est inutile pour s’en informer d’avoir lu les journaux pendant la durée de l’Université. À ce que j’ai vu de l’attitude des participants, il était d’usage de comparer dans les quotidiens les quelques citations - tronquées - des rares personnalités – Delanoë, donc – au contenu réel de leurs interventions ; ou plutôt, de mettre en parallèle la rareté de ces interventions avec le surtraitement médiatique dont elles avaient fait l’objet. À qui se référerait uniquement aux compte-rendus dressés à ce moment par les grands quotidiens nationaux, il est facile de s’imaginer qu’à la Rochelle, les militants sont venus se congratuler entre eux, applaudir des discours d’une heure où quelques dirigeants faisaient leur autopromotion en vue d’élections lointaines, et observer avec passion les manoeuvres d’Un Tel pour éviter Une Telle, et les soucis d’un autre pour être filmé sous l’angle le plus avantageux. Si toutes les propositions faites dans les ateliers ne sont pas à conserver, ni toutes les ambitions pleinement réalisables, pour avoir assisté sans discontinuer aux trois jours de débats je peux affirmer qu’à aucun moment l’Université n’a été ce grand rendez-vous mondain qu’on en a fait dans la presse. Mais tant que cette impression n’aura pas été rétablie, je crois que l’édition 2007 restera une réussite mitigée.

Alexandra


- Romain Pigenel



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