International , Zimbabwe
Guillaume Daudin | 20 janvier 2007 | | 2 commentaires
Pendant ce temps, à Harare
Alors qu’en France, le débat porte en ce moment sur la contribution à l’ISF (ou non) de nos candidats, dans d’autres pays comme au Zimbabwe, l’argent est aussi au centre du débat, mais pour d’autres raisons.
1180 : ce n’est pas le salaire mensuel moyen en dollars d’un zimbabwéen, ni même le PIB/habitant pour l’année 2006 qui vient de s’achever... Bien pire que ça : c’est, en pourcentage, l’inflation actuelle de ce pays. Et encore, les chiffres divergent. Selon un article du 17 novembre de The Independant, disponible ici, l’inflation approcherait plutôt les 2000%.
Ce nombre à lui seul résume l’état du pays, c’est à dire catastrophique. Une situation en constante aggravation depuis que Robert Mugabe en est devenu le chef de l’Etat en 1980, et surtout depuis 2002. Selon le rapport de Reporters Sans Frontières pour 2006, que l’on peut lire ici, l’ « ancien grenier à blé » d’Afrique australe s’enfonce dans une crise économique sans précédent, mais également dans la tyrannie.
D’autres chiffres, à nouveau : 34 et 37. Ce n’est pas l’âge moyen du mariage, ni le nombre de naissances pour 1000 habitants. Le premier chiffre est l’espérance de vie actuelle d’une femme à la naissance, et le second... celui d’un homme.
Le Zimbabwe est donc dans une situation où là misère et le dénuement sont extrêmes. Pourtant, l’actualité française fait ses choux gras sur la campagne électorale, où si l’on regarde à l’international, sur le problème du gaz russe, sur l’attentat quotidien en Irak, ou encore sur la quasi-guerre civile en Palestine ; le Zimbabwe, lui, n’intéresse plus grand monde, car la situation semble chaque jour plus inextricable. Désintérêt aggravé, comme le rapporte The Guardian, par le fait que Mugabe a réussi à faire prolonger son mandat jusqu’en 2010, sous prétexte de réaliser des économies en alignant les élections présidentielles sur les élections législatives.
Quelques autres chiffres, enfin : 80 et 90. Ce sont des pourcentages : 80% de chomeurs, 90% de séropositifs dans l’armée. Ou encore : 85% de pauvres.
On ne s’intéresse pas à l’ancienne colonie britannique, et pour cause : que faire ? Le ZANU-PF, le parti au pouvoir, détient tous les attributs possibles du pouvoir, et exerce sur la population un contrôle total. Ce contrôle est rendu possible par l’investissement massif des quelques maigres deniers de l’Etat dans la CIO, Central Intelligence Organisation, comme nous le rapporte aussi l’article de The Indepedent. A titre de comparaison, et avec une situation de famine généralisée, ce service d’espionnage a un budget plusieurs fois supérieur à celui de la santé. La presse est complètement muselée, et depuis quelques années sont peu à peu démantelés ou interdits tous les journaux émettant une voix quelque peu discordante. En 2003, déjà, le journal The Daily News avait été interdit par la Commission de l’information et des médias (MIC en anglais). L’année suivante, ce furent The Weekly Times et The Tribune qui subirent les foudres de la censure d’Etat. Deux autres journaux, le Daily Mirror et The Financial Gazette sont eux passés sous la direction du CIO, tandis que Joy TV, l’unique chaîne de télévision privée du pays, s’est vue retirer sa licence et qu’une bombe a détruit les locaux de la radio « The Voice of People ». La liste n’est pas même exhaustive. Dernier événement en date, rapporté par le site allAfrica.com, les menaces fortes pesant sur Trevor Ncube, directeur de deux hebdomadaires zimbabwéens mais aussi de deux autres hebdomadaires sud-africains (« The Mail » et « Guardian »), qui s’est vu retirer sa nationalité zimbabwéenne par les autorités locales, ce qui l’interdit d’être propriétaire d’un journal (il faut en effet être Zimbabwéen).
Peu de pays peuvent pourtant se targuer de disposer d’autant de ressources que le Zimbabwe. Jugez plutôt grâce à l’article de Wikipédia sur ce pays : « Parmi les ressources naturelles se trouvent : le charbon, le chrome, l’amiante, l’or, le nickel, le cuivre, les minerais de fer, le vanadium, le lithium, l’étain, et les métaux du groupe du platine. ». De plus, la superficie du pays est de près de 400 000 km², avec 11 millions d’habitants, une surface cultivable amplement suffisante pour permettre à ce pays au moins l’autosuffisance, et ce malgré un climat chaud entraînant de nombreuses sécheresses.
Le vrai problème du pays est évidemment son dirigeant. Mugabe construit son discours en reflux de la période coloniale, dans une volonté de revanche permanente : « L’unité et la solidarité restent nos armes principales contre les machinations britanniques en faveur d’un changement illégal de régime au Zimbabwe » aurait-il déclaré. La politique de celui-ci a été une expropriation constante des fermiers blancs, afin de prétendument redistribuer la terre aux nouveaux fermiers noirs. Seulement, les difficultés de mise en oeuvre de la réforme ont entraîné une parcellisation et un abandon de certaines terres, et de nos jours, la famine est extrêmement grave. Le pays n’est évidemment plus autarcique, loin s’en faut, et c’est l’ensemble de la population, noire comme blanche, qui est dans la misère. Les fermiers blancs, qui étaient encore 4600 en 2002, sont désormais à peine 400.
Se pose alors la question suivante, terriblement simple : Que faire ?
La règle certainement la plus inviolable dans les relations internationales est la règle de la souveraineté. Lorsque George W. Bush a voulu en 2002 attaquer l’Irak, prétextant la menace des armes de destruction massive se trouvant là-bas, la question de la souveraineté a été parfois posaée, avec le résultat que l’on sait. Dans le contexte du Zimbabwe, on peut pourtant se demander pourquoi la communauté internationale ne réagit pas. La région des grands lacs en Afrique a connu de nombreux troubles dans les vingt dernières années, et notamment la guerre civile au Rwanda ayant abouti au génocide. Quoiqu’un peu calmée, cette région peut vite s’embraser tant les tensions ethniques sont fortes. La stratégie de Mugabe est cependant très bien étudiée : en réprimant toute velléité de rébellion à l’intérieur de ses frontières, il affiche sur la scène internationale une maîtrise totale de son pays, qui ne laisse pas penser qu’une guerre civile pourrait s’y déclencher, ce qui diminue le risque éventuel d’instabilité provoqué par cette situation. Or, la communauté internationale (et notamment les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU) ne se mobilisant que quand des intérêts (de préférence, les leurs) sont en jeu, comme leur sécurité ou leur approvisionnement énergétique, la situation ne semble pas prête à évoluer.
Pourtant, dans l’idéal se pose la question d’une intervention armée mandatée par l’ONU ou même par l’Union Africaine. En effet, il apparaît très vite inhumain de laisser ainsi toute une population mourir de faim sous le joug d’une dictature et les regarder ainsi disparaître sans tenter ne serait-ce qu’un petit peu de contribuer à la sauvegarde de ce peuple. Auprès des zimbabwéens, qui ont pu être influencés par la propagande de Mugabe mais aussi par l’histoire du pays, une intervention de l’ONU serait peut être mal acceptée. Un mandat accordé à l’UA pour agir, comme elle l’a fait récemment en Côte d’Ivoire, serait certainement dans l’idéal une meilleure solution. Contre la notion de souveraineté se dresse ici le risque de « non-assistance à un peuple en danger », et l’éternelle question : l’ingérence est-elle parfois légitimée ?
Sources :
Le Rapport de Reporters Sans Frontières
Sur allAfrica.com
Le Zimbabwe sur Wikipédia
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- Guillaume Daudin






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