Sarkominus
Les Missives de Démocrite | 12 novembre 2007 | | 0 commentaires
Missives de Démocrite : Épilogue
POST D’ANGLADE, 6 NOVEMBRE, 09:38
Cher Démocrite... Intéressant. Vous trouvez ainsi des racines anthropologiques à l’adhésion du Pays de la droite au culte sarkominien... Intéressant...
Mais une interrogation me vient.
Connaître l’adversaire est essentiel au Strategos.
Mais ensuite ?
Jusqu’où faut-il en tenir compte ? A quel moment faut-il cesser d’y voir un sujet pour se concentrer sur le jeu géométrique des forces en présence ? N’auriez-vous pas croisé, dans votre voyage aux Enfers, quelque général défunt capable d’éclairer cette question ? Parmenion, le fléau des Nations, aurait eu de fortes belles choses à nous dire.
A te lire.
Anglade
POST DE MÉANDROS/PROTAGORAS, 10 NOVEMBRE, 10:16
Anglade,
Mon Maître est hors d’état d’écrire et de vous répondre.
Hier martin, nous marchions, Orphée, Hilæra et moi-même vers le mont Nemrut, qui est une porte d’entrée des enfers en Asie mineure. Lorsqu’au loin j’aperçus mon Maître, je cru d’abord qu’il avait été divinisé : une lumière aveuglante irradiait et enveloppait sa silhouette. Nous approchant, nous avons été ensuite horrifiés : Démocrite tenait en l’air un plat en cuivre et dirigeait tout l’éclat de la réverbération des rayons du soleil sur ses yeux. Il se tenait immobile. Ses yeux étaient rouges et secs, comme si le dernier atome d’eau s’était évaporé de ses organes occulaires. A peine l’avons-nous approché qu’il a défaillis. Orphée à fait un commentaire sur les hommes qui, au retour de la contrée des morts, perdent la raison.
Les soins prodigués parvinrent à réveiller sa conscience. Démocrite nous exposa qu’il avait voulu « voir » le monde avec son âme, « sans l’entrave des yeux. » Toutefois, il se plaignit de ne rien voir, sinon des tâches lumineuses, informe et colorées, assez semblables aux impressions hypnagogiques. Je lui suggérais, pour l’apaiser, qu’à l’instar des nourrissons qui n’acquiert que progressivement l’acuité visuelle, son âme n’était qu’au début de son apprentissage dans le domaine de « vision » ; il lui faudrait, sans doute, attendre plusieurs jours avant d’avoir des visions claires. Il sembla acquiescer à cette explication et il s’endormit. Nous avons fabriqué une civière afin de le ramener à Abdère.
Orphée fit dépêcher un émissaire vers Cos, afin qu’Hippocrate nous rejoigne à Abdère. Le médecin compta parmi les auditeurs de Démocrite, aussi fut-il empressé de nous trouver.
Nous marchâmes deux journées avant d’atteindre Abdère. Nous fûmes reçus par la sœur de Démocrite, en sa demeure. Hippocrate examina Démocrite et se montra pessimiste. Dans ses rares moments d’éveil, il parle d’ailleurs de sa mort prochaine : il est résolu à cesser de s’alimenter. Il a formulé cette requête : que son cadavre soit enduit de miel. Il prétend que dans la mort, l’âme subit le corps, comme le corps a subit la tyrannie de l’âme au long de la vie. Aussi le miel doit-il adoucir les perceptions et sensations que l’âme recevra du corps durant le temps de sa corruption.
Sa sœur vint le supplier de s’alimenter afin qu’il survive quelques jours de plus. Elle voulait qu’il n’assombrisse pas d’un deuil, la fête sacrée des Thesmophories qui livre, trois jours durant, la Cité aux épouses et au culte qu’elles vouent à Déméter. Il est recommandé aux hommes, en ces journées, de demeurer cloîtrés et de détourner leurs regards des agissements des femmes. On dit que le premier jour, les femmes font des processions en l’honneur de la déesse agraire. Que le second, elles miment un monde affamé par l’absence de Déméter, elles abandonnent la couche conjugale, s’abstiennent de toute activité laborieuse et dorment à même la terre. Le troisième, on prétend qu’elles manipulent secrètement des objets qui symbolisent la fertilité et qu’elles s’accordent toute licence pour tenir les propos les plus irrévérencieux et les plus obscènes. On affirme aussi qu’aux faîtes de la cérémonie, les femmes ont atteint un tel état de frénésie qu’elles peuvent se jeter pour le déchiqueter, un homme qui aurait eu l’imprudence de mettre le nez dehors.
Démocrite accepta sans réserve de survivre à une telle fête et lui demanda de confectionner des petits pains, qu’il ferait réchauffer et qu’il humerait. Et il se lança dans une explication des plus improbables, décrivant comment l’organisme assimile les nutriments qui se trouvent dans les fumets. Nul ne voulu le contredire.
La veille des Thesmophories nous eûmes à résoudre un problème épineux. Des magistrats d’Abdère nous visitèrent pour nous signifier que Démocrite, ayant dilapidé l’héritage de son père, ne pourrait être enseveli en terre abdéritaine. Il était, disaient-ils, un exemple funeste pour la jeunesse de la Cité. Après avoir convoqué tous les parents de Démocrite et leurs serviteurs afin qu’ils formassent un public nombreux, nous improvisâmes, sur le forum, une lecture publique du Grand système du monde, qui est sans doute le meilleur livre de Démocrite. Puis nous fîmes une quête grâce à laquelle nous récoltâmes une centaine de talents. Hippocrate, le produit de la quête en poche, se rendit au Bouleutérion et, plaida devant les magistrats, qu’au vu des nombreux ouvrages de Démocrite, une fortune serait rapidement édifiée grâce à leur lecture publique. Les magistrats qui étaient pressés de s’enfermer chez eux avant que ne débute les Thesmophories, consentir à l’inhumation.
Durant les Thesmophories, contraint à un loisir forcé, nous parlâmes bien évidemment des femmes. Démocrite demanda à Hippocrate s’il était parvenu à trouver des preuves de ce qu’il avait lui-même conjecturé, à savoir que les femmes participent activement à la génération et qu’elles possèdent des gonades, mais rentrées à l’intérieur. Hippocrate lui répondit que c’était bien ce qu’il avait observé au cours d’autopsie. Alors Démocrite ne pu se retenir de railler les Athéniens : « Platon, cet homme curieux, affirme : « la terre n’imite pas la femme pour concevoir et pour engendrer, mais la femme imite la terre » (Ménexène, 238a). Pour la plupart, les Athéniens pensent que la génération est le fait de la semence mâle et ils affirment que la femme accueille et nourrie cette semence, comme la terre enferme et nourrie le grain. Pourtant, le propre du vivant est d’organiser la coïncidence de l’hétérogène ! Il est simplement logique qu’un être procède d’un mélange de semence mâle et de semence femelle ! Les enfants ne portent-ils pas, sur leur visage, un mélange de traits qui les font ressembler, plus ou moins, à leur père et à leur mère ? Et puis, si les femmes ne jouaient qu’un rôle passif dans le processus de la génération, on ne comprendrait pas pourquoi la gente féminine est animée d’un tel appétit pour l’acte sexuel », conclut-il.
Ce matin, Démocrite semble avoir retrouvé un peu de lucidité. Il a eu grande joie à m’entendre lire votre message, Anglade. Il a loué votre désintérêt pour ce « pauvre Sarkominus » qui n’est que le symptôme d’une époque où l’extériorisation tient lieu de réalisation. « De même qu’un artiste s’impose des contraintes formelles pour créer, chacun doit d’abord reconnaître ses limites, s’il veut découvrir son talent, cette « voie » où l’on découvre le plaisir à se réaliser. Car, le secret du bonheur consiste à faire ce pourquoi on est doué. C’est, de même, en reconnaissant la puissance de la Nécessité, qu’une Cité retrouve son génie, forcée qu’elle est d’inventer une réponse, qui lui soit propre, pour relever les défis qui s’imposent à elles. Etrange époque où l’on croit à la magie du désir et à la puissance de la volonté qui s’imposerait à la réalité ! Epoque de peur, où l’absence de confiance en soi conduit au repli sur une chimérique et mortifère « identité. »
Quant à la lutte, c’est une question sur laquelle Démocrite reconnaît bien volontiers ses limites. « D’ailleurs, Anglade, sait mieux que moi, la lâcheté de Sarkominus. Celui qui marchera résolument contre lui triomphera sans nul doute. Chacun l’a vu se coucher devant l’amazone et endosser le costume de la victime. Le problème n’est pas tant de l’affronter que de parer au fait que nul ne saurait faire un pas à son encontre sans recevoir, aussitôt, dix coups de couteau dans le dos. Le problème est moins que l’incapacité de ses opposants à agir sans aussitôt se déchirer. Le bon général reste celui qui sait manœuvrer des forces alliées. Les alliés sont utiles pour se renforcer. Mais surtout, ils créent une émulation qui oblige chaque faction à se discipliner, de crainte que les alliés s’arrogent la meilleure part de la victoire collective. Les alliés sont le seul bouclier efficient, contre cette propension toute naturelle des hommes d’une même faction à se poignarder dans le dos, pour des honneurs ou privilèges dérisoires. Le Même est mortifère, les frères sont toujours voués à la guerre civile s’ils ne se mêlent pas aux étrangers. »
ANNONCES GOOGLUS
Notre grand César a réunit le peuple devant l’arc de triomphe pour commémorer les victoires du passé. Des enfants ont lu des lettres à leur maman de soldats morts au combat qui firent beaucoup pleurer la foule. Puis Sarkominus a prit la parole pour rappeler au peuple que c’est le sang répandu, se sont les cadavres déchiquetés et mêlés les uns aux autres, les organes mutilés demeurés sur les champs de bataille et les pleurs mêlées des épouses et des enfants qui auront formé le sentiment de fraternité. Qui plus est, les massacres ont généré un amour fraternel, qui s’éleva jusqu’à faire désirer la paix entre les peuples d’Europe.
Il ajouta ensuite, qu’il avait été « bien gentil » jusqu’ici. Qu’il voyait bien les sournoises oppositions qui se formaient contre lui. Il précisa : « Demain, la commission de divinisation, officialisera que je suis bien un dieu. Alors chacun saura que je suis venu pour vous mettre chacun de vous à l’épreuve, afin de pouvoir récompenser les plus méritants. »
Puis, il déclara vouloir faire un sacrifice. Hortefeucus, qui a poussé l’amour pour notre César jusqu’à se faire l’exécutant de ses plus basse œuvres, amena un vieil homme sous l’arc de triomphe. On apprit qu’il s’appelait Maïssa Sansuite, et Hortefeucus lut un arrêt qui le condamnait pour être l’instigateur des émeutes qui avaient eu lieu, quarante ans plus tôt, dans le pays de droite ; émeutes qui sont à l’origine du déclin moral de notre grand pays de droite (voir Missive, I, 1, 6/05). Hortefeucus sortit ensuite son glaive, trancha la tête du vieillard, et, maculé de sang, apporta la tête ennemie à Sarkominus. Dressant la tête au dessus de la foule, Sarkominus s’écria : « Voilà celui qui vous empêchait de réussir, voilà celui qui embrumait les esprits avec des idées égalitaires. Votre cauchemar prend fin aujourd’hui : vous ne connaissez plus d’entraves et ensemble, tout deviens possible ! »
POST DE MÉANDROS/PROTAGORAS, 11 NOVEMBRE, 23:37
Ce matin Démocrite a confié Hilæra à Orphée en l’assurant qu’elle serait un jour « prophétesse », car l’enfant borgne, voyait d’un œil avec sa chair et, de l’autre, avec son âme. Il me céda sa bibliothèque et me recommanda d’éviter Athènes, car les philosophes de cette cité font mauvaise réputation aux étrangers qui s’y présentent. Il embrassa Hippocrate et ses parents. Puis il s’éteint. Nous l’enduisîmes de miel comme il l’avait désiré.
En fin de matinée, Diogène Laërce nous a rejoints. Il se montra fort honoré d’être choisi pour prononcer l’oraison funèbre ; ce qu’il fit, à sa manière, tout à la fois, chaleureuse, mondaine, apportant parfois des informations approximatives ou exagérées :
« Démocrite était le fils de Hégésistrates, mais pour d’autre d’Athénocrite, et pour certain de Damasippe. Il naquit à Abdère ou, pour d’autres, à Milet. Il fut l’élève de certains mages et de Chaldéens, car le roi Xerxès, à l’occasion de son séjour chez le père de Démocrite, lui avait en partant, ainsi que le précise Hérodote, laissé des gouverneurs, de qui il apprit, étant encore enfant, la théologie et l’astronomie. Ensuite il fréquenta Leucippe, et, d’après certains, Anaxagore, qui avait quarante ans de plus que lui. Favorinus, dans ses Mélanges historiques, rapporte que Démocrite disait d’Anaxagore que ses théories sur le Soleil et la Lune n’étaient pas de lui, mais étaient plus anciennes. Il se les serait appropriées. Démocrite a aussi tourné en dérision ses vues sur l’organisation du monde et sur l’intellect ; il le haïssait pour ne pas avoir été admis par lui comme élève. Comment aurait-il pu, si tel est bien le cas, avoir été, comme certain le prétendent, son élève ?
Démétrios, dans ses Homonymes, et Antisthène, dans ses Successions, déclarent qu’il voyagea et se rendit en Egypte pour apprendre auprès des prêtres la géométrie, en Perse pour s’instruire auprès des Chaldéens, et jusqu’à la mer Rouge. Pour certains, il fréquenta en Inde les gymnosophistes et se rendit en Ethiopie. On dit encore qu’étant le troisième d’une famille de trois enfants, il fit faire trois lots du patrimoine et, au dire de la plupart, choisit la plus petite part, qui était en argent liquide, parce qu’il avait besoin de voyager : c’est du moins ce que, perfidement, ses frères n’avaient pas manqué de soupçonner. Pour Démétrios, cette part dépassait les cent talents, qu’il dilapida entièrement. Il ajoute qu’il était si industrieux qu’il s’était ménagé une maisonnette dans le jardin de la maison et s’y enfermait. Et, un jour où son père avait amené un bœuf destiné à un sacrifice et l’y avait attaché, il était resté un long moment sans s’en rendre compte, et il avait fallu que son père vint le déloger pour l’emmener au sacrifice et lui raconta en détail l’affaire du bœuf. Il semble, dit encore Démétrios, qu’il soit venu à Athènes et n’ai pris nul soin de s’y faire connaître, tant il méprisait la gloire. Aussi connut-il Socrate tout en demeurant ignoré de lui : « Je vins à Athènes, dit-il, et y demeurait incognito. »
« Si Les Rivaux sont bien de Platon, dit Thrasylle, Démocrite doit être l’un des personnage anonyme – différent des élèves d’Œnopide et d’Anaxagore – qui apparaît dans le dialogue au cours de l’entretien avec Socrate sur la philosophie, et à qui Socrate dit que le philosophe ressemble à l’athlète complet. Effectivement Démocrite était, en philosophie, versé dans toutes les disciplines : il s’occupait de physique, comme d’éthique ; mais en mathématiques aussi, et sur des questions courantes ainsi que touchant les arts, son expérience était universelle. » C’est de lui qu’est cette formule : « La parole est l’ombre de l’acte. » Démétrios de Phalère, dans son apologie de Socrate, dit qu’il ne vint nullement à Athènes. Cela est d’autant plus à noter que son mépris pour cette grande cité venait de ce qu’il ne voulait pas devoir sa gloire à un lieu mais que ce fut lui-même qui conférât au lieu sa gloire. Cet aspect de sa personnalité se révèle aussi par ses écrits. « Il semble, dit Tharsylle, avoir été un fervent adepte des pythagoriciens. Bien plus, il cite Pythagore lui-même et exprime son admiration pour lui dans l’ouvrage auquel il a donné son nom. Il semble que ce soit de lui qu’il ait tout reçu, et il pourrait avoir été son élève si la chronologie ne s’y opposait. » En tout cas, Glaucos de Rhégium qui fut son contemporain, assure qu’il fut l’élève d’un pythagoricien. Et Apolodore le Cynique aussi déclare qu’il a fréquenté Philolaos.
Il s’exerçait, d’après Antisthène, à mettre diversement à l’épreuve les impressions de son imagination en se réfugiant de temps en temps dans la solitude et en fréquentant les cimetières. Antisthène dit encore qu’au retour de ses voyages il mena une vie très modeste, car il avait dilapidé tout son bien. Son dénuement était tel que son frère Damasos dut subvenir à ses besoins. Toutefois la prédiction d’un évènement futur établit sa gloire, et dès lors il jouit auprès du public d’une réputation d’homme divin. Mais, à ce que dit Antisthène, une loi jugeait celui qui avait dilapidé son patrimoine, indigne d’être enterré dans sa patrie ; Démocrite le sachant, et craignant d’avoir à subir l’accusation des gens envieux et de sycophantes, donna une lecture publique de son Grand système du monde, qui est le meilleur tous ses écrits. On le gratifia de cinq cent talents et, qui plus est, on lui éleva des statues en bronze. Et à sa mort, l’Etat prit en charge ses funérailles : il était plus que centenaire. Mais, selon Démétrios, ce sont les gens de sa famille qui donnèrent lecture du Grand système du monde, et la gratification ne dépassa pas cent talents. Hippobote confirme le fait.
Dans ses Mémoires historiques, Aristoxène dit que Platon, qui se proposait de mettre le feu à tous les écrits de Démocrite qu’il avait pu rassembler, en fut empêché par les pythagoriciens Amyclas et Clinias, qui affirmèrent que ce geste serait inutile : beaucoup possédaient déjà ces ouvrages. Mais le trait est manifeste : Platon, qui cite presque tous les Anciens, ne mentionne nulle part le nom de Démocrite, même pas là où il devrait le contredire, pour la raison fort claire qu’il savait qu’il aurait dû affronter en lui le plus éminent des philosophes, dont Timon a fait ainsi l’éloge :
« Tel Démocrite l’avisé et le gardien
Du fabuleux discours, le bivalent causeur,
Des meilleurs que j’ai lu. »
En ce qui concerne l’époque où il vécut, il était, ainsi qu’il le dit lui-même dans le Petit système du monde, encore jeune, au temps de la vieillesse d’Anaxagore, car il était de quarante ans son cadet. Il déclare que le Petit système du monde fut composé en l’an 730 après la prise de Troie. Il est né, d’après Apollodore dans ses Chroniques, pendant la quatre-vingtième olympiade ; mais d’après Thrasylle, dans son ouvrage intitulé Introduction à la lecture des livres de Démocrite, lors de la troisième année de la soixante-dix-septième olympiade, ce qui lui donne un an de plus que Socrate. Il serait donc le contemporain d’Archélaos, l’élève d’Anaxagore, et des élèves d’ Œnopide que justement il cite. Il cite aussi la théorie de l’Un propre à l’école de Parménide et de Zénon, le plus célèbres de ses contemporains, et encore Protagoras d’Abdère que l’on tient pour un contemporain de Socrate.
Athénodore, au huitième livre de ses Promenades, déclare que lorsqu’Hippocrate lui rendit visite, Démocrite se fit apporter du lait, qu’après examen il déclara provenir d’une chèvre noire et primipare. L’exactitude de l’observation remplit Hippocrate d’admiration. On dit aussi qu’Hippocrate était accompagné d’une jeune fille que Démocrite salua le premier jour d’un : « Bonjour, mademoiselle ! » et le lendemain d’un : « Bonjour, madame » ; et de fait, la jeune fille avait perdu pendant la nuit sa virginité.
Démocrite est mort, au dire d’Hermippe, de la manière suivante : il était déjà extrêmement âgé et proche de trépasser. Cela affligeait fort sa soeur, parce qu’il paraissait devoir mourir pendant les Thesmophories, ce qui risquait de l’empêcher d’accomplir ses dévotions envers la déesse. « Aie confiance, lui dit-il, et apporte-moi tous les jours des pains chauds. » En les humant, il parvint à survivre toute la période des fêtes. Et quand ces journées – et il y en avait trois – furent écoulées, il quitta sans chagrin la vie, ainsi que dit Hipparque, à l’âge de cent neuf ans.
Dans mes Poésies diverses, j’ai composé sur lui ses vers :
« Qui donc fut plus savant, qui fit œuvre aussi grande Que celle qu’accomplit l’omniscient Démocrite ? Quand vint la mort, chez lui il la retint trois jours Et sut la régaler du fumet de pain chaud. »
- Démocrypte






Envoyez vos articles
Inscrivez-vous à nos Newsletters