Sarkominus
Les Missives de Démocrite | 15 octobre 2007 | | 0 commentaires
Missives de Démocrite : Démocrite aux Enfers (IV)
Si c’est la Nécessité qui a permis l’apparition d’un César Sarkominus, qu’est-ce, donc, alors que la Nécessité ? Dans l’espoir d’éclaircir cet étrange problème, je dois accepter l’invitation d’Auguste Comtus. Mais c’est dans le Tartare, au plus profond des Enfers, que je pourrais le rencontrer.
POST D’ANGLADE 7 OCTOBRE 23:16
Cher Démocrite
Tu aurais tort de considérer mes silences comme manque d’intérêt. Tes missives sont attendues avec impatience et leurs rebondissements me laissent pantelant. Certains d’entre eux n’appellent pas de commentaire, mais n’en sont pas moins dévorés.
POST DE DÉMOCRITE DU 8 OCTOBRE, 13:02
Cher Anglade, ces quelques lignes me sont d’un grand réconfort. Conserver un lien avec les vivants, lorsque l’on est au milieu de toutes ces âmes mortes m’est absolument nécessaire. Ce n’est pas que ces âmes soient terrifiantes. Mais, j’éprouve l’étrange sentiment de les connaître toutes, comme si je les avais toutes rencontrées, mais dans mes rêves.
J’ai toutefois rencontré une grande âme. Eurydice m’a conduit dans les Champs Elysée (voir carte des enfers) pour y rencontrer Jaurèsus, qui me reçut entouré de quelques compagnons. Ce fut pour moi un moment exquis : celui de me retrouver, comme dans ma jeunesse, à écouter la leçon d’un grand esprit. Toutefois, j’étais gêné, car Eurydice me présenta comme l’envoyé d’Orphée, qu’ils semblaient attendre avec impatience. Etre un imposteur, c’est inconfortable.
Je vous restitue ce que m’a dit Jaurèsus :
« Démocrite, vous imaginez mal la joie que nous inspire votre visite. Nous allons pouvoir passer au temps de l’Action ! Qu’Orphée vous ait choisi témoigne de ce que les hommes ont enfin compris la stérilité des petites réponses individuelles au défi que nous impose la Nécessité et que la seule réponse qui soit à la mesure procède de l’intelligence collective. Ceux qui prétendaient les hommes trop stupides, trop cyniques, trop attachés aux intérêts les plus médiocres, pour réaliser cette révolution mentale, en sont pour leurs frais ! Le simple fait qu’Orphée vous ait désigné comme représentant des hommes dans ce comité de salut public est un signe. Qui mieux que vous pouvait faire entendre aux hommes ce qu’est la Nécessité ? Vous avez été le premier à écrire une anthropologie. Vous y représentez des hommes primitifs qui subissent mais, surtout, « s’instruisent » de la Nécessité. Je vous cite :
« Comme ils avaient à subir les assauts des bêtes sauvages, ils se vinrent mutuellement en aide et, à l’école de la Nécessité, sous l’effet de crainte qui les réunissait, en vinrent peu à peu à connaître leurs différents caractères. Leur voix était d’abord indistincte et confuse ; puis, peu à peu, ils se mirent à articuler des mots et en firent des symboles convenus entre eux, propres à désigner chaque objet. Ils cherchèrent pendant l’hiver refuge dans les cavernes et amassèrent les fruits susceptibles de se conserver. La connaissance du feu et des autres inventions utiles entraîna petit à petit l’invention des arts et de toutes les techniques susceptibles d’être utiles à la vie en communauté. Car, en somme, c’est la Nécessité elle-même qui fut l’institutrice des hommes, servant de génie familier et de guide à cet animal bien doué par la nature et qui possédait, comme instrument apte à toutes choses, des mains et une vive intelligence de l’âme »
La Nécessité peut être regardée comme une force hostile à l’homme. Mais elle est en fait un génie : c’est l’hostilité de la nature qui a inspiré aux hommes le désir de se réunir. De là, ils prennent conscience de la différence, l’altérité, exprimée par la variété des caractères ; puis, l’homme a découvert le symbole, c’est-à-dire la possibilité d’exprimer une chose, non par la représentation de la chose elle-même, mais grâce à ce qui est « tout autre » que la chose : le mot. Le langage est fils de l’altérité. En somme, la Nécessité ne contraint à rien, sans pourvoir l’homme des instruments qui lui permettront d’avancer.
Rapprochons-nous du temps présent pour constater cet enchaînement des découvertes qui témoigne du génie de l’homme inspiré par la Nécessité. Considérons l’invention de l’atomisme, cette théorie que vous défendez et qui nous invite à regarder le monde comme un défi pour nos sens, puisque les choses sont, dites-vous, constituées d’atomes assemblés qui, pris individuellement, sont imperceptibles à nos sens.
Cette théorie ne procède t-elle pas nécessairement d’une invention précédente ? Je veux dire, vos atomes, ne sont-ils pas les fils du pain, ne s’imposaient-ils pas naturellement à la conscience à la suite de l’invention de l’agriculture et de la confection du pain ? Le premier à avoir eu l’intuition des atomes, Mochos le Phénicien, votre ancien Maître, n’eut-il cette intuition des atomes en jetant dans les airs une poignée de farine ? Ce tourbillon de grains minuscules ne fut-il pas la première image qui laissa entrevoir l’existence de l’atome ? Un être, dites-vous, est une combinaison de vide et d’atomes de différentes sortes, animé par un souffle. Qu’est-ce qu’un pain, sinon une combinaison d’atomes de céréales et d’atomes d’eau associés à du vide qui témoigne du souffle du levain ? Il suffit de fendre un pain en deux pour voir qu’il contient du compact et du vide.
L’atomisme s’imposa à la conscience parce que l’homme devait comprendre « l’économie » qui unit les éléments : comment la chaleur agit-elle sur la farine, l’eau et le levain ? Comment la Mousson se forme-elle et pourquoi apparaît-elle à telle période ? Pourquoi faut-il mêler du sable à la glaise pour fabriquer une poterie ? Comment l’eau se transforme t-elle en gaz sous l’effet de la chaleur ? Autant de questions devenues urgentes dès lors que les hommes se trouvaient dans la nécessité de développer des techniques sous l’impulsion d’une classe d’artisans et de fabricants. L’atomisme accompagne la conscience d’une « économie de la création. »
Par contraste avec vos théories, j’ai été frappé, relisant votre rival Platon, de la place qu’il accorde aux « traces. » Pour expliquer la reconnaissance, il affirme que notre âme met en accord les images du monde - telle qu’elles viennent se refléter sur la surface de nos yeux -, avec des « traces » préalablement gravées dans notre mémoire, la mémoire étant conçue comme analogue à un bloc de cire. Je le cite : « Je te connais et je connais Théodore et j’ai dans mon bloc de cire vos empruntes à tous deux, comme si elles étaient gravées par un cachet. En vous apercevant de loin et indistinctement, je m’efforce d’appliquer la marque propre à chacun de vous à la vision qui lui est propre, et de faire entrer et d’ajuster cette vision dans sa propre trace, afin que la reconnaissance se fasse » (Théétète, 193c). Inversement, nos rêves seraient produits par les traces imprimées dans notre mémoire, lorsqu’elles se reflètent sur notre foie, qui est, dit Platon, une sorte de miroir (Timée, 71b).
Autant l’atomisme est né de l’invention du pain, autant le platonisme est fils de la chasse. Le chasseur lit les traces laissées par l’animal. Les observant, il devine la nature de l’animal, son poids, sa vitesse, l’heure de son passage et il trouve l’indication d’une piste à suivre. Le chasseur connaît les correspondances qui unissent les « traces » et les animaux, et c’est sans nul doute un chasseur qui, le premier, eu l’intuition d’une correspondance entre le « réel » et les « Idées », qui sont une sorte d’épure du phénomène. L’idéalisme procède, donc, d’une invention nécessaire : la chasse. Et il prospéra non moins nécessairement, au fur et à mesure que l’homme prenait conscience de la nécessité d’une « économie des signes » : après le chasseur, le marin, puis le marchand aventureux eurent besoin de tracer leur route en « lisant » les étoiles, d’une comptabilité pour dénombrer correctement, de numéraires, de normes et d’étalons pour régler l’échange et finalement de lois et d’idées générale définissant les principes de la justice dans l’échange. Le chasseur est l’inventeur d’une « économie des signes. »
L’artisan et le chasseur dépendaient l’un et l’autre de l’agriculteur, puisqu’ils ne sont, ni l’un, ni l’autre, autosuffisant. Pour s’émanciper du rapport de Nécessité dans lequel le paysan les tenait, l’artisan et le chasseur, à la manière des hommes primitifs, se sont portés mutuellement secours en créant la Cité. Et de même que les premiers hommes découvrirent la différence de leurs caractères, ils découvrirent que l’un possédait le sens d’une économie de la création et l’autre le sens d’une économie des signes. Et de même que les primitifs forgèrent par leur rencontre les premiers langages, l’artisan et le chasseur inventèrent l’Agora, le principe de la décision collective et finalement ils conçurent l’Intelligence collective. C’est dans cet espace que purent prospérer la variété des artisans et fabricants avides de découvrir des nouvelles techniques aussi bien que les chasseurs et les marchands avides de s’approprier les richesses offerte par la nature.
L’agora et la démocratie s’est imposée par la Nécessité : nous seulement pour réunir des hommes dissemblables ausein de l’Agora. Mais aussi pour réguler l’une et l’autre des logiques dont ils étaient porteurs, celle de « l’économie de la création » et celle de « l’économie des signes ».
Dérégulée, « l’économie de la création » génère inéluctablement de l’exclusion. Plus un système vise un haut degré de performance technique, plus il tend à fonctionner avec un nombre d’individus restreints, réputés ultra-performant. S’il ne connaît pas de frein, l’esprit de création génèrent d’innombrables exclus, réputés non-performants. Cette logique tend donc vers sa propre destruction en faisant peser sur un petit nombre de « performants » la charge des dits « non-performants » et/ou le coût induit par la nécessité de se défendre contre la menace potentielle représenté par les exclus. L’agora, parce qu’elle est égalitaire et ouverte à tous, régule cette logique aberrante en posant l’impératif que l’innovation n’exclue personne. L’égalité, qui n’est pas le nivellement ou l’uniformisation, est un impératif d’interdiction de l’exclusion, et cet impératif pose une juste borne à la logique de création et l’empêche de se perdre elle-même et de se muer en destructivité. Adhérer à l’idée d’égalité n’est qu’à peine une question de valeur. On doit y adhérer parce que c’est logique, parce que la Nécessité nous l’a enseignée.
Dérégulée, la logique de « l’économie des signes » génère, elle, la confusion. La confusion, c’est le règne de la spéculation déconnectée du réel. La spéculation, ça fonctionne comme si des chasseurs se vendaient, les uns aux autres, des pistes. C’est comme si un chasseur disait : « je te vends l’ours qui est au bout de cette piste » et qu’un autre achetai la piste sans savoir s’il trouvera dans la caverne, qui est au bout de la piste, l’animal ou sa charogne. C’est comme si un chasseur disait : « regarde, ces traces qui ne ressemblent à rien de connu, elles prouvent qu’en les suivants tu trouveras un animal fabuleux, un griffon probablement, et c’est ce qui justifie le prix exorbitant que j’exige pour te céder ma piste. » L’économie du signe exige un constant débat contradictoire pour savoir de quoi on parle, pour interroger en permanence la pertinence des « correspondances » que l’on établit entre les signes et le réel. L’Agora, qui est un espace de la liberté et de la critique, oblige au débat exigeant et contradictoire et prévient le règne de la confusion. La spéculation introduit des étalons incertains, voire imaginaires, produit des rêves de profit, qui génère des crises d’autant plus graves, que ces rêves-étalons condamnent les activités qui ne peuvent s’aligner sur les taux de profits oniriques. Adhérer à l’idéal de la liberté et du débat critique, n’est qu’à peine une question de valeur, puisque nous devons le faire, de toute manière, par Nécessité.
Alors que faire ? C’est si simple ! Suivre tout simplement ce qu’impose la Nécessité : toujours plus de contrôle démocratique, pour toujours plus de liberté et plus d’égalité, c’est-à-dire toujours plus d’intelligence collective. La Nécessité nous a instruit que c’était là l’instrument de régulation. Il faut suivre son enseignement si l’on est un homme sensé.
Qu’est ce qui retient l’homme ? Est-ce ce sentiment d’incompétence que lui vient de ce qu’il se laisse impressionner par la « réussite » dont se prévalent quelques uns. De quelle « réussite » parle t-il ? Ils se pavanent et exhibent le fait qu’ils ont accumulé assez de richesses pour vivre heureux dix, cent, mille vies… Alors même qu’ils n’en vivront qu’une seule ! D’où vient que l’on nomme « réussite » l’entreprise la plus dérisoire et la plus lâche, car cette accumulation ne trahit que trop l’incapacité de regarder la mort en face ? Ces hommes devraient plutôt se cacher pour avoir dilapidé la seule existence qui leur était accordée à atteindre un objectif insensé !
Où alors, serait-ce que l’homme se trouverait trop original pour recevoir les leçons de la Nécessité ? Est-ce qu’il sanctifie sa « petite liberté », sa « petite singularité » et veut-il à tout prix faire triompher sa petite volonté, à la manière du premier Sarkominus venu ? Fort bien, parce qu’il préfère l’enseignement de la Fortune à celui de la Nécessité. Car à renoncer à faire prévaloir le règne de l’Agora, pour jouir de petits arrangements entre compères et s’obliger ensuite à d’autres petits arrangements dont la finalité est de dissimuler ou de réparer les premiers, l’homme régresse et se soumet au règne de la Fortune.
L’insoumission de l’homme au règne de l’Agora génère le règne de la confusion et de l’exclusion, le règne de la Fortune. Attalius le revendique : le monde appartient aux « nomades », l’avenir devrait être le triomphe des primitifs, de ceux qui ont renoncé à tous les enseignements dispensés par la Nécessité ! L’avenir appartiendrait à ceux, qui sans attaches, vont par le monde, habiles à déjouer les coups du sort, pour en piller les ressources ! L’avenir appartiendrait à ceux qui renouent avec l’ancienne conscience apeurée, soumise au hasard de la Fortune ! Ces insensés sont en train la vielle conscience paysanne. La conscience apeurée du paysan, qui sait qu’il doit donner à la terre, du travail et des semailles, mais sans savoir ce que la terre capricieuse lui rendra en retour. Conscience apeurée du paysan qui sacrifie aux dieux sans savoir si ceux-ci font autre chose que rirent de lui. Conscience animée par cette certitude obscure : la pousse exige l’arrachage du chiendent. La régression « nomadiste » imposera cette idée : la solution à nos problèmes par l’arrachage du chiendent. Mais qui est le chiendent ? Le métèque ? Le métèque est déjà tout désigné. Mais plus généralement ce sont les dits « non-performants » : le jeune inexpérimenté, la femme qui ne délaisse pas sa progéniture pour courir à son travail, l’homme affaiblis par l’âge, le peu instruit, celui dont la formation est « obsolète », le fou, le mélancolique… Si vous raisonnez correctement, vous verrez que l’on est tous le chiendent de quelqu’un. Que chaque peuple est, pour un autre peuple, le chiendent de l’humanité. Renoncer au règne de l’Agora, c’est vouloir le retour du règne de la confusion et de l’exclusion, le règne de la Fortune et de la destructivité. Le « nomadisme », c’est le règne de la piraterie. Quoi d’étonnant de trouver comme énamouré Sarkominus et le pirate Muhammad le Tripolitain ? Quoi d’étonnant de trouver Kouchnerus et Yadia affirmant qu’il serait « trop simple » de prendre des mesures que les stratocrates birmans qui occupent leur pays comme le ferait une horde de brigands ? Quoi d’étonnant à ce que, sortant de la tente enfumée de Vladimir le Scythe, Sarkominus déclare à ceux qui l’interrogent sur les respect des droits humain dans ce pays glacial : "Je reconnais et comprends la spécificité russe". Ces amitiés et ces complaisances parlent d’elles-mêmes, si on a la droiture suffisante pour juger les hommes d’après ce qu’ils font ou ne font pas, et non par rapport aux intentions qu’ils professent. « La parole n’est que l’ombre de l’action », c’est bien là votre formule Démocrite ? La parole n’est rien, si elle n’est suivie d’actions.
Mais, tout cela, Démocrite, Orphée l’a déjà enseigné, si vous ne le saviez déjà !
Aussi pouvons-nous passer au concret et à l’action. Seule une intelligence collective capable de redéfinir les priorités et de mobiliser chacun autour d’une volonté de faire vivre pleinement l’agora et la Cité est à la mesure de ce que nous avons à affronter.
Ma question sera donc directe : est-ce que, pour empêcher le règne de la destructivité, les hommes sont enfin prêts à se joindre au mot d’ordre de grève générale qui sera bientôt lancé par les âmes ? Parce que, de notre côté, nous avons adopté une motion très claire : les enfers sont déjà surpeuplés, alors, si, là-haut, vous vous massacrez de nouveau, nous, nous nous mettrons unilatéralement en grève. La conséquence en sera que les portes des enfers resteront bloquées. La mesure est sévère. Mais, disons-le, nettement : c’est un peu simple, tout de même ! Les hommes se massacrent entre eux et organisent des famines, et comme ils sont très délicats et qu’ils aiment ni la repentance, ni se sentir culpabilisés et encore moins se sentir honteux de leur forfaits, ils se débarrassent des âmes de leurs encombrantes victimes en les envoyant aux enfers ! Et, ainsi par haine de la repentance, c’est-à-dire la haine de l’introspection (activité qui pourtant ne fait de mal à personne), tout peut recommencer comme avant ! La position de la section des âmes du Comité de Salut public est claire : nous fermerons les portes des enfers ! Et pour vous, ce sera les enfers à ciel ouvert ! Nous vous condamnerons à vivre au milieu des fantômes ! Bien sûr, nous espérons que les camarades vivants vont se ressaisir. Mais en même temps, vous comprendrez que nous devons défendre les conditions de travail des âmes. Nous creusons tous les jours pour agrandir les Enfers, nous subissons la crétinerie les dieux qui nous intoxiquent avec des slogans idiots, du type « le travail rend éternel »… Alors que, franchement, aux Enfers, nous devrions pouvoir nous reposer et se la couler douce ! Alors, cher Démocrite, où en êtes-vous là-haut ? Quelle est la décision que vous a transmise la section humaine du Comité de Salut Public ? »
Vous imaginez aisément à quel point j’étais embêté. Je ne savais pas quoi répondre à Jaurèsus.
J’improvisais donc : « La section humaine du Comité de Salut Public est bien consciente de tout ces enjeux… Et nous avons pas mal avancé lors du dernier congrès… Des motions ont déjà été adoptées… Le mot d’ordre de grève général passe plutôt bien auprès des camarades… Mais, pour ne rien vous cacher, nous avons encore quelques difficultés… En fait, il faut finaliser le texte de la synthèse. C’est très important la synthèse ! On discute chaque mot, pour qu’aucunes difficultés ne surgissent une fois qu’on aura engagé l’action… Comme ça, après la synthèse, on est tranquille… Bref, on progresse notablement. »
Jaurèsus me regardait avec un profond scepticisme.
« - En fait, fis-je content que mon imagination me fournisse tout à coup une nouvelle trouvaille, nous avons décidé d’étendre le champ des luttes en mobilisant les faunes, qui sont en train de créer la section faunesque du Comité de Salut Public. »
« - Les faunes ?, sursauta Jaurèsus, qui m’interrogea en fronçant les sourcils. Comment les faunes feraient-ils grève : ils ne travaillent jamais !?! »
« - Je m’attendais à cet objection ! fis-je tout à fait perdu. C’est une excellente question ! Les camarades faunes sont cependant mobilisés à 100% et j’ajouterais 100% solidaires de notre cause ! Et en plus, ils sont très, très remontés contre les Olympiens ! D’ailleurs ma mission consiste à rencontrer un faune du nom d’Auguste Comtus qui est retenu dans le Tartare. Il est la clé en termes de mobilisation des faunes. »
« - Mais, c’est très compliqué de pénétrer dans le Tartare ! C’est très surveillé !, objecta Jaurèsus. Mais, vous ne répondez pas à ma question : qu’est-ce que vous attendez des faunes, au juste ? »
« - Il ne faut pas sous-estimer les faunes, camarade !, fis-je sentencieusement, dans l’espoir de gagner du temps. Comment vous expliquer ? Nous les hommes… Au contraire des faunes… »
« - Oui… Je vous écoute… Vous les hommes… » me fit Jaurèsus avec une pointe d’impatience.
« - Et bien, soudainement apaisé par ma nouvelle trouvaille, nous les hommes, nous ne comprenons rien aux femmes ! Il faut bien dire ce qui est ! Ayons le courage de le dire ! Citez-moi un homme, un seul, qui a compris quelque chose aux femmes ! C’est un vrai problème, camarade, car comment imaginer une grève générale qui n’associerait pas les femmes ? C’est un vrai débat, le Comité de Salut Public tout entier en conviendra ! Alors, vu que nous ne comprenons rien aux femmes, les camarades hommes m’ont mandaté pour rencontrer Auguste Comtus qui, lui, a beaucoup étudié les femmes. Il a ce recul que lui offre son regard de faune et qui lui a permis de produire des travaux décisifs sur la question des femmes. Et donc, grâce aux billes que vont nous donner les camarades faunes, nous pourrons aller voir les camarades femmes afin qu’elles s’associent à la grève. Et alors, là, on pourra passer à l’action ! Vous voyez, c’est presque dans la poche ! »
« - Ça n’a pas l’air d’aller très fort sur terre… », fit Jaurèsus, avec un regard d’apitoiement.
« - Je ne vous dissimule rien, camarade : nous buttons sur ce dernier obstacle et vous êtes notre seul espoir pour entrer dans le Tartare et rencontrer Auguste Comtus ! », ai-je affirmé sur le ton le plus solennel
« - Entrer dans le Tartare est possible, reprit Jaurèsus. Le jeune Môquetus vous aidera. C’est un garçon plein d’audace. Mais, il vous faudra créer une sorte de diversion afin de semer un climat de confusion pour que les dieux relâchent leur surveillance autour de cette forteresse. Dans quinze jours aura lieu une fête en l’honneur d’Hadès. Ce sera une bonne occasion. »
ANNONCES GOOGLUS :
Chronique de Zemmourus : « Il faut féliciter Amaria d’avoir dénoncé ce qu’avait de « dégueulasse » l’instrumentalisation de la question « métèque » par nos sénateurs. Je ne crois pas trahir la pensée d’Amaria en affirmant que le travail aussi répétitif que laborieux de nos sénateurs contre les métèques, mérite d’être qualifié de « travail d’arabe » tant il parait « dégueulasse. » Nos sénateurs pourraient beaucoup mieux faire ! Pourquoi s’en prendre exclusivement aux métèques, sinon par paresse, par paresse d’arabe, peuple indolent s’il en est ? Nos sénateurs ne seraient-ils pas bien inspirés de prendre exemple sur Apperus, ce magistrat qui propose de punir de 450 euro-sesterces la consommation de cannabis ? Les jeunes, qui pour un grand nombre sont peu argentés, et par conséquent portés au vice et au crime, sont une plaie purulente dans notre société. Par cette saine mesure, Apperus entend faire cesser la répugnante gloutonnerie des jeunes pour cette herbe et limiter leur tendance au vice par un sein rappel à l’autorité. Pourquoi nos sénateurs brident-ils à ce point leur imagination ? Pourquoi l’indécence avec laquelle les femmes ruinent l’autorité des pères n’éveille t-elle pas, chez nos sénateurs, la volonté de borner leur prétention, qui ne connaît plus de bornes depuis qu’une amazone à prétendu au titre de César ? Pourquoi la vue des masses de pauvres désespérés, n’inspire t-elle pas chez nos sénateurs la volonté de rétablir le travail forcé ? D’où vient ce manque d’imagination, qui fait ressembler nos sénateurs à ces Æthiopiens incapables de s’élancer vers l’avenir ? Merci donc à Amaria d’avoir sorti nos sénateur de leur torpeur ! »
POST DE DÉMOCRITE DU 12 OCTOBRE, 16:34
J’ai oublié de mentionner ce fait singulier. En rentrant au temple, une âme avait pris la direction de ma petite chorale. Elle enseigne à mes élèves une multitude de chansons nouvelles. Cela ne m’a pas déplu, car depuis je passe de longs moments, vraiment délicieux auprès d’Eurydice.
Discutant avec le nouveau Maître de ma chorale, j’ai appris qu’il avait été amené de force aux enfers, car il avait espéré accomplir sa vengeance. Quand je le mis dans la confidence de mon projet d’évasion, il me supplia de l’associer à ce projet, et comme j’acceptai, en larmes, il me serra dans ces bras en balbutiant qu’il s’appelait Martinus et qu’il y avait là-haut un petit homme qu’il se promettait d’hanter jour et nuit.
Martinus me proposa de composer un opéra que nous pourrions interpréter à l’occasion de la fête d’Hadès. Occupant la scène centrale des Champs Elysées, ils nous seraient alors facile de provoquer un incident retentissant, susceptibles d’occuper les centaures et de relâcher la surveillance autour du Tartare. Le jeune Môquetus qui m’accompagnait approuva ce plan.
- Démocrypte






Envoyez vos articles
Inscrivez-vous à nos Newsletters