Nation , PS

Raphaël Anglade | 11 octobre 2007 | | 44 commentaires

Les socialistes ont-ils perdu la Nation ?

La déferlante bleue blanc rouge liée à la victoire de l’équipe de France de Rugby nous permet d’ouvrir aujourd’hui une réflexion bien plus intéressante sur ce qu’est devenue l’idée de Nation en France et particulièrement à gauche.

Car enfin, il est clair que la gauche reste gênée aux entournures sur la question de la Nation. Et que ceci est paradoxal.

Pendant tout le XIXe Siècle, la revendication nationale, dans toute l’Europe, est un combat d’émancipation. Un combat de gauche, une lutte contre la vision patrimoniale, monarchiste, réactionnaire du pouvoir et du fait politique. En fait, derrière la Nation se cachent deux combats essentiels :
- l’instauration de la citoyenneté,
- et la construction d’une manière d’être ensemble conventionnelle, culturelle, (la Nation, ethnicité fictive, disait Vidal Naquet, me semble-t-il) et par là même non biologique.

Il suffit de songer à la vie et aux combats d’un Garibaldi pour mesurer à quel point le sujet fut un authentique ferment révolutionnaire.

Ce sont les Républiques, et surtout la IIIe, qui ont forgé la Nation française, et au delà du drapeau, c’est l’école, la langue, le projet d’émancipaption, puis, après la seconde guerre mondiale, les solidarités actives et la prospérité poartagée. Ce sont les guerres et le sacrifice de millions de citoyens qui ont scellé cette alliance.

Et puis, insensiblement, la gauche a perdu cet héritage.

Elle s’est d’abord trouvée embarrassée par son projet internationaliste. Il n’est qu’à voir les contorsions d’un Jaurès, voire, dans une moinder mesure, d’un Péguy, pour mesurer la difficulté pour la gauche d’enfermer les solidarités "de classe" dans des frontires nationales, quand il y à d’autres prolétaires et d’autres pauvres bougres juste au delà des frontières.

Il y eut aussi un discours de défiance envers les institutions. On peut l’imputer, en vrac, à une certaine lecture de Gramsci (sur la domination) et à la prospérité d’un courant libertaire à gauche.

Il y eut, enfin, l’authentique engagement de nombreux sociaux démocrates au service du rêve européen, le rêve fédéral et la proposition, un peu rapide peut-être, d’une construction politique supranationale.

Aujourd’hui fragile dans son rapport à la Nation, la gauche manque de balises face aux provocations d’extrême droite, aux turpitudes sarkozystes, à la question européenne... et même au mondial de Rugby ! C’est ce qu’il convient d’interroger.

Car les peuples ont encore besoin de Nations. Tout le montre aujourd’hui : l’attachement à la langue, à la culture, à l’histoire, la crainte, largement fantasmatique, d’une dilution dans la mondialisation ou d’une colonisation à rebours, le plaisir partagé à communier simplement les soirs de 14 juillet ou les soirs de victoire de l’équipe nationale, la fierté quand un premier Ministre, poète à ses heures, prend à la tribune de l’ONU des positions dignes d’un Cyrano de Bergerac.

Et il n’est pas étonnant que les Français restent attachés à cette idée, et à cette identité nationale.

La Nation, ce n’est pas seulement un héitage historique figé, ce n’est pas du tout un espace administratif qui pourrait changer d’échelle et devenir, d’un trait de plume européen, ce n’est pas même simplement une langue ou une culture. La Nation, ça tient chaud, c’est un être ensemble familier, c’est un domus auraient dit les Romains, c’est un heimat, diraient les Allemands.

C’est une demeure familiale et familière. C’est une communauté dans laquelle on connaît sa place. Et cela, tout le monde en a besoin.

C’est pourquoi les Français restent attachés à leur Nation et demandent à voir quand on leur parle de la fusionner avec d’autres. C’est pourquoi les droites tendent aux gauches tant de pièges grossiers dans lesquels nous nous engouffrons.

Un projet national pour la gauche ?

Alors que faire ? Comment faire ? Comment réinvestir cet héritage, s’en emparer, le faire jouer, au delà des symboles faciles, type drapeau trcolore ou Marseillaise, tout en conservant un authentique sens de gauche et en autorisant l’avenir supranational ?

Eh bien peut-être en revenant tout simplement aux fondamentaux. A ces luttes nationales qui ont été des luttes d’émancipation.

Qu’est-ce que la Nation ? Une communauté politique. Un espace de citoyenneté. Je parle ici de citoyenneté concrète et active. La Nation française est une communauté que je peux comprendre et sur laquelle je peux agir. Régulièrement, des élections aussi importantes que les Présidentielles me proposent un choix clair que je peux exercer.Je vois à peu près venir les décisions, j’en connais à peu près les enjeux. Si quelque chose de fraiment grave se prépare, je sais à peu près comment agir : interpeller mon député, mobiliser les syndicats, provoquer une "grève nationale". Je suis ici chez moi, je suis d’ici, j’ai ma dignité de citoyen et mon pouvoir d’agir.

Il n’est pas étonnant, d’ailleurs, que les plus fédéralistes à gauche soient généralement issus d’une "élite" internationalisée, c’est-à-dire de milieux qui maîtrisent les codes et les leviers du pouvoir Européen. ils sont pour l’Europe parce qu’ils trouvent dans l’Europe la même liberté et le même pouvoir d ’agir.

Telle est la Nation que nous pourrions défendre. Un espace d’émancipaption pour chaque citoyen. Un espace de transparence - garantie -, un espace d’action efficace, un espace de liberté active.

Si nous voulons faire une Europe plus intégrée, ne le faisons pas en opposant les structures mais en défendant les mêmes valeurs. Oui à une Europe vue comme un espace de pouvoir des citoyens, espace lisible, espace de délibération, espace qui rend des comptes, qui peut être interpellé, qui sait changer d’avis. Non à une Europe qui sert aux gouvernements à éviter la lumière du jugement de l’opinion.

Ce sont quelques intuitions, qui demandent une plus ferme élaboration. Les lecteurs de Betapolitique sont amplement sollicités pour enrichir ces quelques idées. Mais nous sommes certains qu’il y a là le fondement d’une autre vision de la Nation.

D’une vision franchement plus intéressante que les délires génétiques et quasi racistes de M. Hortefeux, et autrement plus passionanante que la récupération mercantile des efforts de 15 types en short.


- Raphael Anglade



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