Je ne suis toutefois pas sûr que les salaires suivent avec l’augmentation du temps de travail, peut être dans un premier temps, mais par la suite les entreprises vont probablement aligner les bas salaires selon les règles du marché.

Par ailleurs, les inégalités entre les entreprises qui savent être compétitives avec les 35 heures et celles qui ont besoin de faire travailler 40 heures leurs salariés pour être compétitives, vont se creuser. Les premières paieront les charges sur toutes les heures travaillées alors que les secondes en seront partiellement exonérées. Je ne rentrerai pas plus avant dans ces détails, n’étant pas un expert en économie, mais je vais revenir sur le travail à l’usine que les ministres du gouvernement et les parlementaires ne semblent pas connaître, et vous faire part de mon expérience de travail à la chaîne en usine de construction automobile.

Le travail à la chaîne n’exige pas vraiment de capacité physique et par conséquent il est accessible au plus grand nombre. Les opérations difficiles sont réalisées avec des machines. Les pièces à assembler sont donc relativement légères et s’assemblent les unes aux autres assez facilement. Mais bien que j’aie porté des gants et des genouillères, j’ai souffert de douleurs intenses aux genoux et aux doigts après une semaine de travail seulement ! Un certain nombre des ouvriers qui travaillaient avec moi ont été confrontés à cette pénibilité du travail. A la douleur physique s’ajoutent les traumatismes psychologiques. Le travail est répétitif et les réflexes reviennent une fois le travail terminé. Certes le travail à l’usine est plus facile de nos jours, mais ce métier n’a rien à voir avec la vie palpitante d’un ministre.

Après une telle expérience, on peut comprendre le refus des ouvriers de l’industrie des pneumatiques de faire les quatre huit dans certaines usines. Souvent la résignation gagne les ouvriers parce qu’ils ont peur de perdre leur emploi et je crois qu’en pratique, ils n’auront pas vraiment le choix entre travailler plus et rester aux 35 heures. L’entreprise et ses actionnaires auront sûrement plus à gagner que les ouvriers eux-mêmes. Et peut-être serait-il bon que les parlementaires de l’UMP aillent travailler un peu à la chaîne pour se rendre compte de la pénibilité de ces métiers ?

Je comprends parfaitement que la Parti Socialiste ne puisse pas répondre tout de suite à ces attaques sociales, parce qu’il n’est plus au pouvoir depuis 2002 et qu’il a besoin aujourd’hui de se mettre en ordre de bataille en vue du congrès de Reims pour préparer les prochaines élections, faire émerger un projet d’avenir et défendre les Français de la déréglementation du marché du travail. Mais en tant que socialistes, nous devons refuser l’idée selon laquelle la politique doit répondre aux seules exigences économiques de nos entreprises. Notre but est de faire émerger un projet qui tienne compte de la spécificité de chaque métier et qui soutienne les ouvriers dans leur quotidien à l’usine.

Jérôme Meyer