L’augmentation du volume d’emploi grâce à l’immigration se traduit par un effet positif et significatif, bien que marginal, sur le niveau d’activité dans l’économie, chiffré à 0,1 point de croissance pendant un an pour l’arrivée de 50 000 nouveaux migrants une année donnée. Or le solde migratoire est de 90 000 nouveaux migrants par an en France, soit environ 0,2 point de croissance. Il faut mettre en avant cette donnée keynésienne : les migrants, bien évidemment, consomment et réinvestissent une partie non négligeable de leur revenu dans l’économie française, en particulier en biens consommables.

Nous pensons par ailleurs que l’immigration économique ne peut, ni ne doit, être mise en concurrence avec les autres formes d’immigration, parce qu’elles sont complémentaires et fortement imbriquées. Si les étrangers entrent au titre de l’immigration familiale, qui est la voie la plus sûre, ils n’en intègrent pas moins le marché du travail, pour les adultes du moins (soit 65% du total). On estime que 75% d’entre eux trouveront rapidement un emploi. Ces deux aspects de l’immigration sont indissociables ; en particulier, la reconstitution de la cellule familiale éclatée au moment du départ joue un rôle important dans la stabilisation et l’intégration. Nous pensons en outre qu’il faut accroître la mobilité des étrangers et faciliter leur retour au pays, sans hypothéquer la possibilité de revenir en France à un autre moment de la vie, pour que l’immigration profite également aux pays d’émigration par le retour de capitaux et de savoir-faire. De surcroît, il s’avère que les immigrés les plus précarisés, familialement comme économiquement, sont les plus prompts à rester en France. Penser limiter l’immigration en empêchant ou en entravant le regroupement familial est donc une vue de l’esprit, et une politique aussi inhumaine qu’inefficace.

2.2. L’immigration ne contribue pas à la hausse du chômage

Il est nécessaire de critiquer les idées reçues, et répandues par la droite, qui rendent les immigrés responsables du chômage et de l’insécurité, et de montrer que la précarisation de l’emploi s’inscrit dans une évolution globale de l’économie et touche aussi et même davantage les étrangers.

Par rapport à la main-d’œuvre française, un argument revient sans cesse : les immigrés feraient baisser les salaires et augmenter le chômage. Or, toutes les études économiques et historiques sur des cas d’afflux massifs de travailleurs étrangers montrent que l’impact est très faible, voire inexistant. Plus largement, l’immigration n’est à elle seule un facteur ni de croissance ni de récession ; elle amplifie la croissance, mais ne la fabrique pas. Les socialistes doivent reprendre à leur compte cette donnée essentielle, pour contrer le discours dominant. Pour les travailleurs nationaux, l’argument "ça fait baisser nos salaires" n’est empiriquement vérifié qu’une fois sur 100. En effet, les travailleurs immigrés ne sont ni sur les mêmes secteurs, ni sur les mêmes bassins d’emploi, et n’entrent donc pas en concurrence avec les travailleurs français.

2.3. L’immigration participe au maintien de l’équilibre démographique

Les bénéfices de l’immigration en général, pour les pays européens, résident également dans ses aspects démographiques en Europe. L’immigration permet, par exemple, de faire face aux problèmes du vieillissement de la population comme en Allemagne ou en Autriche. Pour maintenir le rapport entre actifs et inactifs avec le vieillissement de la population, la France a besoin de la venue de 5,5 millions d’immigrés entre 2000 et 2050, soit 110 000 par an, bien qu’elle bénéficie d’un taux de natalité plus élevé que ses voisins. La contribution de l’immigration représente en effet 25 à 40% de la croissance démographique contre 50 à 100% pour les autres pays européens.