zaz
Ocsena | 1er avril 2008 | | 16 commentaires
Bataille pour la Villa Médicis (zaz)
1° Comment une affaire privée passe par chance vaseuse imprudemment publique
Starring pour commencer dans ce très beau film d’art et d’essai que nous allons vous exposer, Georges-Marc Benamou, conseiller pour la culture à l’Elysée, et Olivier Poivre d’Arvor, "monsieur frère" (ce qui ne devrait pas être en soi une tare, ni non plus une qualité !), qui est quelque chose d’important ailleurs à la télé. C’est le Canard qui nous en parle initialement la semaine dernière juste après les élections municipales en évoquant une affaire d’amour qu’a mal tourné entre eux à propos de la Villa Médicis, promise (la direction s’entend) par le premier au second mais finalement accaparée (la direction s’entend toujours) par le premier, lequel a perdu sa chaise curule élyséenne ("A perdu" c’est à dire "est viré"), et se constitue avec brio un avantage compensatoire.
Là, on suppose que si vous lisez les présentes lignes vous êtes bien sûr déjà au parfum sur l’essentiel, on va pas tout reprendre au début : L’histoire donc promet a priori d’être racinienne, shakespearienne même, si elle est bien menée. On attend beaucoup d’hémoglobine dans cette tragédie ! Eh bien c’est parti comme prévu, Olivier dans le rôle de Iago l’abominable déballe tout le bidule ! Par chance, Georges-Marc, imbuvable viscéral, semble ne s’être fait partout dans sa carrière que des ennemis complètement accrocs, ça biche, ça biche, la mayonnaise empoisonnée peut monter, la cabale peut s’enfler.
Action ! entrent dans le jeu, une trentaine d’artistes en lettres capitales, écrivains et célébrités diverses, signataires d’une pétition dénonçant une nomination scandaleuse qui serait le fait du prince, vous comprenez pourquoi : Jane Birkin, artiste, François Bon, écrivain, Geneviève Brisac, écrivain, Pascal Bruckner, écrivain, philosophe, Olivier Cadiot, écrivain, Sophie Calle, artiste, Patrice Chéreau, metteur en scène, cinéaste, Bernard Comment, écrivain, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, Pascal Convert, artiste et ancien pensionnaire de la Villa Médicis, Maryline Desbiolles, écrivain, Pascal Dusapin, compositeur, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, Alain Finkielkraut, philosophe, Gérard Fromanger, artiste, Valérie Gans, écrivain, Gabriel Garran, metteur en scène, François Hartog, historien, Valérie Lang, comédienne, Gila Lustiger, écrivain, Bruno Mantovani, compositeur, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, Pierre Michon, écrivain, Catherine Millet, critique d’art, auteur, directrice d’Art Press, Marie-Ange Munoz, écrivain, Manuela Morgaine, artiste, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, Stanislas Nordey, metteur en scène, Bernard Pagès, artiste, Giuseppe Penone, artiste plasticien, Jacqueline Risset, écrivain, professeur, traductrice, Olivier Rolin, écrivain,Tiphaine Samoyault, écrivain, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, Jean-Noël Schifano, écrivain, éditeur, citoyen d’honneur de la ville de Naples,Yves Simon, écrivain, chanteur, Aberrahmane Sissako, cinéaste, Alain Veinstein, écrivain, producteur à France-Culture, Marc Weitzmann, écrivain. On se demande ce que la plupart viennent faire là-dedans, mais s’ils le font c’est qu’ils ont leurs bonnes raisons et qu’ils en ont le droit. Comme ils nous interpellent ainsi, nous nous sentons, à l’Ocséna, tenus par courtoisie et obligation morale face à l’ampleur de la chose de publier aussitôt à notre tour en post sur betapolitique une sorte de mise en garde naturelle que voici :
"La décence ou l’intelligence voudrait en principe, c’est l’usage, que l’on se taise sur les fromages (yc. les culturels) que la République se distribue périodiquement entre courtisans, et que la question ne soit en tout cas pas étalée imprudemment sur la place publique. Mais on voit qu’une subtilité légitime nous avait échappé, il y a donc des courtisans politiques et des courtisans techniques, Benamou serait des uns et son malheureux challenger Poivre d’Arvor serait des autres."
"Comme nous n’avons aucun intérêt, nous, ni dans un camp ni dans l’autre, ça ne nous déplairait finalement pas de relever, si l’on peut dire, l’étrange débat auquel on nous invite. Le plus amusant serait sans doute celui sur la compétence : qui t’a fait compétent très aimable bouffi ? Nous n’avons rien contre aucun de ces deux garçons, mais engageons l’affaire on va bien arriver à leur trouver sérieusement quelque chose."
On se croit quitte et libéré ! Mon oeil ! deux jours après l’affaire court toujours. Deuxième réaction de notre part, nous exprimons cette fois sous forme zaz :
"A côté de ça, le pire est évité, ils n’ont pas osé nommer David Douillet ! "
A quoi un aimable zazeur nous répond non sans à propos : "Il le méritait bien pourtant, non ?"
2° Les sanglots longs des violons, blablabla. Le Monde débarque, vous imaginez l’ampleur !
Hier soir, 30 03 08, grand bang dans le ciel bleu de France, le Monde s’y met à son tour, plus exactement Raphaëlle Bacqué, avec un article étonnamment meurtrier "La bataille de la Villa Médicis". Tout l’historique est là, (reportez-vous à lui) et une flopée de gens nouveaux s’y trouvent "impliqués", Patrick de Carolis, Christine Albanel, Richard Peduzzi, l’actuel directeur de la villa, Catherine Pégard, conseillère d’Albanel, de même sans doute que sa petite soeur, mais il y en a d’autres à citer nécessairement puisqu’il y a Carla Bruni-Sarkozy soi-même, ainsi que Valeria Bruni-Tedeschi, la merveilleuse actrice, elle, que nous aimons tant. Valéria est sans doute la seule là-dedans qui n’ait pas fait de connerie, elle n’est notamment pas intervenue auprès de Carla et de Nico.
Nous vous donnons tout de suite l’épilogue de ce méchant movie, Nicolas s’en tire très bien, il refile à je ne sais quelle commission le fait de trancher sur les mérites et les quartiers de noblesse des impétrants, soit les deux thons précédents si maladroits, soit la flopée des nouveaux qui se branchent à présent sur le morceau.
3° La réponse putative du peuple
Reste, comme on le prévoyait, la villa que l’on a à présent sur les bras, reste le problème à poser de la légitimité des tromblons signataires (on voulait dire trublions), reste le peuple, nous, qui paie par l’impôt ces dépenses somptuaires qui ne lui sont pas destinées, reste le cas Sarkozy qui n’est nullement écorné, dirait-on, reste les Ocsénistes grosjean comme devant dans cette stupide affaire, car est-il besoin de le péciser nous ne sommes pas sarkozystes mais très exactement le contraire. Il est vrai que nous ne sommes pas trop célébrités non plus, que nous mettons souvent dans le même pot.
Nous avons rarement vu une affaire si vainement gérée. Sur la villa, déjà, la rumeur se répand comme une traînée de poudre qu’elle coûterait une fortune représentant plusieurs fois le surcoût du régime spécial de la RATP, ce qui est archi-faux. La rumeur se répand aussi qu’elle est de ces dépenses largement superfétatoires qui, jointes à mille autres, creusent le budget de la nation, ce qui est vrai absolument on peut le dire (pensez aux chaînes parlementaires !). Hier à la télé nous entendions que La Villa Médicis est le lieu où de grands artistes sortent enfin de la galère, éclats de rires dans les chaumières ! la vrai galère est celle des Français très ordinaires. Et puis les handicapés qui défilaient hier pour une vie décente doivent quand même l’avoir amère (on ne parle pas des intermittents des années précédentes, on ne parle pas non plus de ceux qui se les gelaient rue de la banque durant l’hiver).
Oui mais c’est le prestige de la France, cette Villa ! C’est ce qui fondamentalement justifie le régime spécial de cette si belle cantine romaine. Tant de noms illustres y sont passés !
Qu’ils remboursent, crie bêtement la foule.
Statut des signataires. D’accord, on ne va pas mégoter soudain l’affection que nous avions pour les deux chiens de Jane Birkin, ou notre sincère admiration pour tel ou tel. On comprend que si la pétition n’est pas caritative comme d’hab, si elle est un poil un peu corporatiste (c’est pour la profession, on notera d’ailleurs qu’il n’y a aucun charcutier parmi les signataires), elle a aussi le mérite d’être politique : bon mais on l’a déjà dit, là c’est pas mal dans l’intention mais c’est franchement raté dans l’aboutissement.
Et puis il y a une chose mal venue dans cette affaire outre qu’elle part d’une querelle au départ strictement personnelle, c’est qu’elle est cri du gratin ! Le gratin peut protester, c’est son droit comme celui de tout le monde, c’est peut-être aussi son devoir. Il peut faire remontrance au roi, ne le fait-il pas depuis des siècles, il le faisait déjà sous Louis XIV, XV et XVI. Il le fait au nom de son essence exceptionnelle. Mais bon, je ne sais, à être puissant ce qui est bien, il n’est pas interdit d’être subtil en plus. On se trompe sans doute, mais ça n’a pas été le cas, on parle pour la subtilité, Il est vrai que le gratin n’a pas suscité complètement la haine non plus.
4° Hypothèse pour une conclusion
Pour conclure correctement cette offensive assez râtée que faudrait-il finalement ? Jeter aux oubliettes par la tête les deux énergumènes par qui le scandale est arrivé. Demander aux gratinés précités de bien vouloir par décence rester un peu plus entre eux, ou ressortir les subventions diverses dont certains glavioteurs oublieux vivent richement. Enfin, sans céder la Villa aux malheureux enfants de la mucoviscidose, la faire oublier pendant quatre ou cinq ans.
Le danger que l’’on risque dans la maladresse stratégique que nous dénonçons c’est que Nicolas Sarkozy se refasse une santé et même une assourdissante popularité s’il lui venait à vider Albanel, Carolis, Pégard et compagnie.
Quand je pense que Chéreau, Edmonde Charles-Roux, Fumaroli sont pressentis pour trancher en sages dans ce débat, je serais à leur place je me tirerais vite fait, ne serait-ce que par respect pour le peuple. Il y en a déjà tant parmi nous qui réclament de la brioche au petit mitron qu’il est insensé à ce stade de leur promener sous le nez le fumet du gratin.
Alain Serge Clary et les Inoxydables de l’Ocséna vous saluent bien !
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Les Pensées zaz de l’Ocséna
Ocsena, Organisation contre le système-ENA... (et pour la démocratie avancée)
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