Refondation de la gauche
Christian Sautter | 29 septembre 2008 | | 1 commentaires
Arthur et les six motions
En ces moments difficiles de crise économique galopante et de piétinements socialistes, existent 16 militants de gauche heureux, qui publient cette semaine « La gauche ou le malade imaginaire » (L’Harmattan). Ils ont pris pour nom collectif Arthur Neuville, car c’est à Tourneville, dans l’Eure, que nous avons réuni pendant huit dimanches de l’année écoulée ce groupe de femmes et d’hommes de bonne volonté, consternés par la défaite de la gauche à l’élection présidentielle de 2007, et heureux de réfléchir et de bâtir ensemble une réflexion partagée et jubilatoire. Ils ne sont pas tous adhérents au Parti socialiste et nous n’avons demandé à aucun des participants socialistes pour quelle contribution ou pour quelle motion il penche.
Au départ de ce projet, nous avons pensé que, jamais depuis seize ans, la situation n’a été plus favorable à ceux qui défendent les victimes d’injustice et les valeurs de progrès. La crise financière mondiale est grave et la mobilisation de 700 milliards de dollars (2000 $ par Américain) n’a pas vraiment dissipé l’inquiétude. L’économie française patine, tandis que sa voisine allemande affiche une bonne santé. Les inégalités sociales s’accroissent, et le projet louable du Revenu de Solidarité Active (RSA) ne comblera pas vraiment la faille sociale. Le service public de la Poste est aspiré par l’idéologie de l’initiative marchande, qui n’est pas forcément la bonne réponse à l’aggionamento européen.
Pendant ce temps et probablement pour longtemps, les responsables socialistes confrontent leurs personnalités et scrutent les sondages. Ils sont malheureusement tous victimes d’une fièvre maligne : la fascination présidentielle et médiatique. Notre démocratie est malade de délire sondagier. Or, si l’on avait suivi les divagations quotidiennes de l’opinion publique, jamais la peine de mort n’aurait été abolie et jamais l’interruption volontaire de grossesse n’aurait existé. On ne réformera pas la France, qui en a bien besoin pour sauter à pieds joints dans le XXIè siècle, à coups d’oukases ou d’enquêtes de popularité.
Aux problèmes de fond qui inquiètent les Français, il faut apporter des solutions de fond, mises en oeuvre avec une ferme volonté et après un long débat pédagogique. C’est dans cette aventure que se sont lancés les 16 compagnons d’Arthur, tous praticiens des questions étudiées. Nous avons commencé par un retour aux sources des valeurs de la gauche. Jaurès, parlementaire à plein temps, s’est engagé pour défendre la République, la paix, les salariés les plus opprimés. Mendès France n’a jamais transigé avec la vérité, dont il croyait les citoyens dignes de l’entendre, même lorsqu’elle était désagréable à dire. Proudhon, lutteur infatigable contre le capitalisme sauvage et l’omniprésence de l’Etat, a défendu une conception étrangement moderne de l’économie solidaire.
Nous nous sommes demandé comment mieux satisfaire les besoins fondamentaux des Français. L’Ecole de l’avenir doit être refondée, avec des enseignants mieux formés, des programmes allégés, des pédagogies libérées. La santé n’est pas un coût mais un investissement durable. L’ « ascenseur logement » doit redémarrer en créant un parcours résidentiel, débutant en logement social et débouchant sur l’accession sociale à la propriété, hors des HLM. Comment lutter contre les préjugés ? Pour cesser d’être des discriminants passifs, enseignons le braille et la langue des signes à tous les élèves de l’école primaire.
Nous avons interrogé les réussites municipales. Pour que tous participent à la culture, couvrons le pays de « maisons folies » comme à Lille. Pour être au premier rang de l’économie de la connaissance, bâtissons de cités technologiques comme à Grenoble. Pour lutter contre le chômage de longue durée, accompagnons les exclus comme dans le Paris pour l’emploi.
Nous avons plaidé pour les entreprises, pour le « mieux d’Etat », pour une clarification des rôles des collectivités locales et des contre-pouvoirs syndicaux, locaux, associatifs.
Et enfin, avec une certaine prémonition, nous avons voulu démystifier le capitalisme financier et instituer un vrai co-développement avec l’Afrique.
L’introduction que nous avons rédigée à deux permettra au lecteur pressé de mieux comprendre notre démarche et nos 43 propositions.
Soulignons certaines d’entre elles autour de cinq thèmes : l’équilibre, l’éducation, l’entreprise, l’Europe et ensemble.
Equilibre. « Le pouvoir corrompt ; le pouvoir absolu corrompt absolument », disait le philosophe Alain. Face à un Président omniprésent, le Parlement doit être davantage vigilant et actif, comme aux Etats-Unis. Une condition est indispensable : le non-cumul des mandats. Les députés et sénateurs doivent défendre l’intérêt général à plein temps. Il en va de même pour les élus locaux. Face à un Etat touche-à-tout, il faut aussi des collectivités locales autonomes et des associations toniques. Face à des responsables d’entreprises qui reprennent goût au pouvoir absolu façon XIXè siècle, il faut des syndicats revigorés. Il est ainsi suggéré que les élections syndicales se déroulent le même jour dans tout le pays.
Education. Elle tient la clé de l’ascenseur social actuellement bloqué. Rompant avec l’affectation selon l’ancienneté, les professeurs les plus expérimentés doivent enseigner dans les quartiers les plus difficiles. L’avenir de chacun ne doit plus être figé par le diplôme obtenu à vingt ans. Et, entre l’Europe et l’Afrique, la formation des élites doit être au cœur du co-développement (en utilisant les techniques numériques de l’enseignement supérieur à distance).
Entreprises au pluriel. Sujet tabou de la gauche, l’entrepreneur doit être soutenu, quand il est porteur d’innovation, de création d’emplois, de distribution équilibrée de revenus. Plutôt que des aides publiques indifférenciées, qui profitent surtout aux entreprises les plus grandes, il est proposé de moduler les prélèvements fiscaux et sociaux en fonction des performances réelles de l’entreprise. Un exemple : alléger l’impôt sur les bénéfices des sociétés qui construisent des usines et créent des emplois en France et en reporter la charge sur celles dont les profits visent trop à satisfaire des dirigeants et des actionnaires de plus en plus cupides.
Europe. La masse inerte de l’Europe doit être transformée en force vive, pour ne pas être débordée par les puissances continentales d’Amérique du nord, de Chine, de Russie, d’Inde et du Brésil. La compétition est technologique, énergétique, culturelle, sociale et il vaut mieux dépenser plus pour l’innovation que de subventionner à profusion les grandes exploitations agricoles.
Ensemble. Bien que chacun ait puisé dans son expérience professionnelle et personnelle pour rédiger son chapitre, nous n’avons pas voulu jouer aux experts, à ceux qui savent et dont les propositions sont à prendre en bloc. Au cours de longs dimanches de travail, nous avons discuté chacun des textes, qui est passé par plusieurs versions successives. Et nous avons l’ambition d’animer une Université populaire, en répondant aux invitations à débattre émanant des associations qui vivifient la vie démocratique de notre pays.
Entre la vérité assénée d’en haut et la collecte désordonnée des opinions d’en bas, nous croyons à la vertu du dialogue et de la raison, dans un cadre balisé par de solides convictions.
Catherine Cadou et Christian Sautter
Arthur NEUVILLE : « La gauche ou le malade imaginaire »
Introduction de Catherine Cadou et Christian Sautter
L’Harmattan, 2008
En vente sur le site de L’Harmattan ou en commande chez votre libraire favori.
- Christian Sautter






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