Nicolas Sarkozy , Fiscalité
Walid Berrissoul | 17 décembre 2006 | | 0 commentaires
A travers la presse étrangère cette semaine
Dans la presse étrangère cette semaine, Johnny Hallyday se prépare à franchir les portes du pénitencier fiscal français pour l’accueillant village Suisse de Gstaad. Regard médusé de Jacques Chirac et compatissant de Nicolas Sarkozy. Ce dernier cherche désespérément à soigner son image au près de ceux qu’il appelle "les jeunes". Quand à Jean Marie Le Pen, il connaît les mêmes déboires et cherche à se donner une image de rassembleur. On chasse le naturel, mais Marine croise les doigts pour qu’il ne revienne pas trop vite au galop...
La bourse ou l’ennui.
L’International Herald Tribune est revenu sur l’évènement en s’intéressant à la réaction de l’opinion française sur ce "déménagement". Une réaction évidemment politisée, issue d’un contexte tout aussi "hautement politisé", mais surtout parce que la décision du chanteur fut elle aussi politique. C’est ce que retient le journal américain, qui a essentiellement mentionné le chantage affectif exercé par Johnny Hallyday au profit de son champion : si Sarkozy est élu, je rentre ! Et ce dernier d’en profiter pour déplorer la "fuite des élites" obligées de quitter un pays au fisc écrasant et aux droits de succession impitoyables. Des droits de succession que M. Sarkozy entend d’ailleurs supprimer. CQFD pour Johnny ?
Oui mais voilà, les choses ne sont pas si simples pour M. Hallyday, qui, pour échapper au fisc, devra passer six mois et un jour par an dans sa résidence de Gstaad, en Suisse allemande. Une véritable épreuve du feu à en croire les éditorialistes helvétiques.
"Johnny, reste chez-toi !" tel était en effet le titre de l’éditorial de Peter Rothenbühler dans le journal suisse Le Matin du 14 décembre dernier. L’article a d’aileurs été repris chez les Britanniques du Daily Telegraph, pour relater la réaction de la presse helvétique sur l’évasion fiscale du chanteur qui, faute d’avoir obtenu la nationalité belge s’est tourné l’an dernier s’est tournée vers la Suisse, comme bon nombre de stars françaises, rappelle le quotidien conservateur dans son édition internet.
L’éditorialiste du Matin a en effet du mal à s’imaginer le rocker sexagénaire passer autant de temps à Gstaad, village où selon lui, "il fait bon vivre trois mois par an, et seulement si on aime le ski, les randonnées et la solitude". On veut bien comprendre la sincérité de l’avertissement du quotidien helvétique qui n’aimerait pas que M. Hallyday "meure d’ennnui" chez eux, alors qu’en France, il "fait partie des meubles".
L’éditorial du Matin est disponible ici
Quand à ses rapports avec le clan Chirac, la presse étrangère semble s’être unanimement résignée à se faire à l’idée du divorce consommé avec Jacques Chirac, qui, après avoir vu avec effroi son Johnny national s’afficher publiquement avec Nicolas Sarkozy et Doc’ Gynéco à l’université d’été de l’UMP en septembre, fut pris de désarroi face au magistral appel du pied à Sarkozy qu’a représenté cet "exil" de la famille Hallyday vers les montagnes helvétiques. Outre la compassion exprimée par le ministre de l’Intérieur-candidat à l’élection présidentielle, la réaction de la classe politique française a été nettemement plus négative, à commencer par le Chef de l’Etat, qui, bien qu’étant un admirateur de l’artiste, "regrette l’attitude du citoyen", rapporte l’IHT.
Les articles de l’IHT et du Daily Telegraph sur le Johnny Hallyday sont disponibles en cliquant ici, et là.
Sarko et les jeunes : histoire d’un désamour
L’International Herald Tribune s’est également penché sur le thème de la lutte des candidats pour "séduire les banlieues et les "minorités ethniques" Françaises". En premier lieu, la réception organisée place Beauveau par le candidat-ministre Nicolas Sarkozy : "le ministère de l’Intérieur accueille les jeunes"...sur invitation. En réalité, la mayonnaise n’a pas l’air d’avoir pris, un peu plus d’un an après les émeutes urbaines et les déclarations du Ministre de l’Intérieur. Un sondage pour le CEVIPOF, cité dans l’IHT montre d’ailleurs que "49% des électeurs sont effrayés par le candidat Sarkozy". Du coup, ce dernier tente la conciliation par la "discrimination positive" et un radoucissement de son image, qui semblent ne pas convaincre les premiers intéressés, qui, cité dans l’IHT, ont dénoncé, carton d’invitation en main et depuis la Place Beauveau, la politique du Ministre qui a "divisé la France en deux : les banlieues et le reste". Il lui reste cinq mois pour recoller les morceaux.
L’article de l’International Herald Tribune ici
Le Pen patriarche et poujadiste
Et quand le probable candidat de l’UMP peine à se donner une image présidentielle de conciliateur, le Front National se place sur le même terrain en... faisant des affiches. Après un Le Pen en grand père apaisé et en noir et blanc, on a tous pu voir avec une certaine perplexité la nouvelle affiche de campagne du parti d’extrême droite : "Droite/Gauche, ils ont tout cassé !" nous fait comprendre une jeune fille métis, pouce tourné vers le bas, piercing sous la lèvre et culotte rose qui dépasse du pantalon. Le Daily Telegraph y a vu "une première historique" pour un parti dont le point de programme central est toujours la notion de "préférence nationale", et dont la propagande contribue plus que jamais à cultiver la xénophobie en France.
Cette fois-ci, le vieux leader frontiste cherche, selon le quotidien britannique, à se donner une posture de "rassemblement au delà des différences ethnico-religieuses, mais autour du thème de l’échec commun de la droite et de la gauche". Bref, quand la posture gaullienne rencontre Poujade, ça donne Le Pen version 2007. Et le Daily Telegraph de relever la fastidieuse mission de Marine Le Pen, fille du président du FN et accessoirement directrice de la campagne de son papa, qui "essaie de rendre plus acceptable" l’image d’un homme qui, comme se souvient le DT, avait "qualifié les chambres à gaz des nazis comme un "point de détail" de l’histoire en 1988".
L’article du Daily Telegraph ici
Une autre manière de tenter de séduire un électorat qui, comme le souligne l’IHT, voit dans ces manoeuvres davantage une tentative "d’instrumentalisation" que de réelles réponses politiques. L’intégration et l’immigration seraient devenus "les points centraux du débat présidentiel cette année" à la différence de 2002, selon Vincent Tiberj, un sociologue français cité dans les colonnes du quotidien américain. Sur ce point, le Frankfurter Allgemeine Zeitung y voit plutôt le signe d’une "lepénisation des idées politiques", en rappelant notamment que "59% de sondés approuvent l’affirmation de Le Pen selon laquelle il y’a trop d’immigrés en France" et que "46% d’entre eux ne se sentent "plus vraiement comme chez eux" en France". Le quotidien conservateur allemand s’appuie notamment sur le sondage TNS-Sofres pour Le Monde du vendredi 15 décembre, et où il notamment est ressorti que désormais "seulement un Français sur trois considèrerait les postitions de M. Le Pen "inacceptables" (34%). " Il n’en reste pas moins que les points centraux des idées politiques du Front National sont toujours massivement rejetées : à savoir la "préférence nationale en matière d’emploi et de prestations sociales", désaprouvée par entre 77% et 80% des personnes interrogées. La "nouvelle image "que cherche à se donner le président du FN n’y change rien, l’adhésion à certaines de ces idées reste une adhésion de rejet de la "classe politique" qui s’est traduit dans les urnes par le fameux vote protestataire du 21 avril 2002 que le Daily Telegraph, l’International Herald Tribune et le Frankfurter Allgemeine Zeitung ont largement rappelé dans leurs colonnes.
Les amateurs de la langue de Goethe pourront lire l’article du FAZ ici et aller faire un tour sur le site de la Sofres pour voir le sondage sur l’image de Jean Marie Le Pen.
Walid Berrissoul
- Walid Berrissoul






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