Capitalisme : 69 articles



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Le capitalisme est un système économique et social, qui est défini de plusieurs façons différentes par des groupes se réclamant d’idéologies différentes, ces définitions du terme se distinguant par les poids différents qu’elles accordent aux caractéristiques suivantes  :

Dans une première définition, le capitalisme est entièrement défini par la propriété privée des moyens de production. En effet celle-ci implique le droit de disposer librement des biens en question et des fruits de leur utilisation, donc de les échanger librement avec d’autres agents. Dans ce régime, les propriétaires de moyens de production peuvent arbitrer de diverses façons entre le souci de servir les consommateurs, la recherche du profit et l’accumulation de capital, faisant ainsi de la recherche du profit monétaire et de l’accumulation de capital des possibilités offertes aux agents, mais pas des éléments de la définition du capitalisme. On considère néanmoins qu’en régime capitaliste, le mobile principal de l’activité économique est la recherche du profit qui trouve sa contrepartie dans le risque (Larousse 2000).

Une deuxième définition, d’inspiration marxiste, met en avant la recherche du profit, l’accumulation de capital, le salariat et le fait que les travailleurs ne sont pas propriétaires de leurs outils. Contrairement à la première, cette définition admet la possibilité d’un capitalisme d’État où toutes les ressources et tous les moyens de production seraient propriété d’un État. Ce régime est alors dénoncé, comme le capitalisme en général, si les moyens de production sont utilisés dans l’intérêt du groupe au pouvoir, comme le ferait une personne privée, et non dans l’intérêt de la collectivité.

Dans les sociétés réelles, les cinq caractéristiques ci-dessus peuvent exister indépendamment les unes des autres, et chaque trait peut être plus ou moins prononcé. La propriété des ressources et moyens de production est en fait souvent partagée entre des individus, groupements et des États, donnant naissance à une gamme continue de sociétés d’économie mixte. Par ailleurs, la séparation entre les rôles de détenteur de capitaux (rémunéré par le profit) et de travailleur (rémunéré par un salaire) tend à devenir plus floue, ces derniers pouvant posséder une part plus ou moins grande des moyens de production, dans un contexte de plus en plus mondialisé.

De même, la propriété privée des ressources ou moyens de production peut coexister avec un haut degré d’interventionnisme de la part de l’État, par exemple la fixation autoritaire des prix et des conditions d’échange, que condamne théoriquement le libéralisme économique. De telles pratiques non-libérales peuvent être souhaitées par certains propriétaires privés ou publics de ressources et moyens de production qui y voient un moyen de protéger et augmenter leurs profits en demandant à l’État de les protéger contre la concurrence, éventuellement contre la volonté des consommateurs.

Sommaire

Historique du terme

Capitalisme et capitaliste, dérivé de capital, a d’abord signifié (1753[1]) l’état de la personne qui possède des richesses. Le sens moderne est donné par Richard de Radonvilliers en 1842. Il est repris par Pierre Leroux (1848), William Thackeray (1854, première apparition en anglais), Pierre Joseph Proudhon (1867), Louis Auguste Blanqui (1869), parmi d’autres. Karl Marx et Friedrich Engels parlent de forme capitaliste de production (« kapitalistische Produktionsform »), puis dans Le Capital de capitaliste.

Au début du XXe siècle, le terme est de plus en plus utilisé, comme avec Max Weber dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme en 1904. L’analyse de l’émergence du capitalisme selon Max Weber est maintenant la référence  : le capitaliste (pour des raisons que Weber analyse comme religieuses) renonce à consommer ses biens tout en voyant dans leur quantité un indicateur de conduite de sa vie  ; il s’organise donc de façon rationnelle et méthodique dans le seul but de produire, et il accumule et investit ses biens pour en produire de plus en plus, non pas dans un but de consommation future ou de sécurité, mais dans une logique de pure croissance. C’est là, et seulement là, qu’il apparait une rupture majeure par rapport aux systèmes antérieurs, qui fonctionnaient (à l’exception des plus primitifs) également au moins en partie sur la recherche de profit et l’accumulation de capital.

C’est en 1906 que Werner Sombart parle de capitalisme moderne, celui dont il est question ici.

Le capitalisme est à l’origine un concept, sociologique, d’analyse du fonctionnement économique de certaines sociétés.

On oppose alors le capitalisme

  • à l’économie primitive, où les échanges sont marginaux et chaque groupe exploite la nature pour son propre compte.
  • à l’économie de potlatch, où les échanges, même importants, ne visent pas à une accumulation de capital (ni parfois même à la consommation  : il arrive que les biens soient détruit purement et simplement à l’issue de l’échange), mais à une démonstration symbolique de puissance statutaire.
  • au communisme, qui désigne d’une manière générale une théorie d’organisation politique, sociale et économique sans classe sociale censée bénéficier de la mise en commun des moyens de production et des biens de consommation pour répondre aux besoins de chacun (cependant, peu d’expériences de société communiste ont été réalisées).
  • au socialisme d’État, où la propriété privée est réduite au minimum, et où tout le capital productif est géré collectivement  ; toutefois, dans ce contexte économique, on trouve aussi le terme de capitalisme d’État, que certains socialistes utilisent pour désigner l’économie où l’État est seul et unique propriétaire de capital, ce qui n’en fait, de leur point de vue, qu’un capitalisme totalitaire (nota : l’expression est née avant la diffusion des idées de Weber, ce qui a un impact direct sur le sens à donner au mot «  capitalisme  »  : il faut entendre le sens de 1750-1850, et non le sens moderne)

On notera par ailleurs que les formes politiques sont rarement «  pures  » en pratique, de sorte que le capitalisme coexiste très largement avec les autres systèmes. De nombreux théoriciens préconisent même explicitement des formes mixtes, avec des dosages variés selon le domaine et le but.

Le capitalisme est dépendant du système politique et législatif en place. Il nécessite  :

Il est communément admis qu’un État est nécessaire pour remplir ce rôle. Mais dans la réalité, le capitalisme fonctionne très largement (et même essentiellement, pour le grand commerce international) sur la base d’un arbitrage privé, où l’État n’intervient qu’à titre d’acteur potentiel en dernier ressort (sachant qu’il ne faut pas négliger l’effet économique d’une simple possibilité d’intervention). On notera aussi que les anarcho-capitalistes considèrent que l’État est illégitime et dangereux, et qu’on peut parfaitement s’en passer en s’appuyant sur le droit naturel, sa propre capacité de défense, et des organismes privés. Pour eux, le capitalisme apparaît à la fin du XVIIIe siècle, puis est décrit et théorisé par Karl Marx au milieu du XIXe siècle.

Depuis la fin de la Guerre froide, le capitalisme tend à s’appuyer principalement sur les capitaux financiers, devenus la forme de capital la plus influente du système, dans un contexte d’interdépendance et de mondialisation croissante.
Les marchés boursiers et les régulations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) étant les organes de régulation du système.

Historique et formes du capitalisme

Article détaillé  : Histoire du capitalisme.

Les premières formes de capitalisme au sens moderne sont graduellement apparues en Occident à la suite du Moyen Âge, d’abord dans les cités marchandes d’Italie et d’Europe du Nord (Ligue de la Hanse, Pays-Bas). Le système prend son essor avec la Révolution industrielle.

Le capitalisme est le produit d’initiatives et d’adaptations successives au cours du temps. Il a pris diverses formes, qui pour la plupart coexistent encore de nos jours et continuent d’évoluer.

Formes de capitalisme

De nombreux auteurs distinguent plusieurs formes de capitalisme, selon la nature des moyens de production qui prédominent ou qui leur semblent prédominer dans une société. Ils repèrent ainsi, selon les circonstances historiques :

  • un capitalisme à base foncière, exploitant les rentes constituées par les différences de rendement agricole  ;
  • un capitalisme minier, interférant avec la politique internationale quand le contrôle des ressources relève du pouvoir politique  ;
  • un capitalisme industriel, exploitant un stock de machines onéreuses concentrées dans des manufactures ou usines  ; la place accordée aux travailleurs est alors variable, elle peut se réduire à un rôle d’objet sans plus d’importance qu’un cheval ou qu’un tas de charbon, ou obtenir plus de respect et de considération comme dans le fordisme  ;

Les critiques du capitalisme utilisent également le terme de capitalisme financier à des fins dépréciatives. Ils l’emploient pour critiquer les bourses, les banques ou ceux qu’ils définissent comme des «  spéculateurs  »[2].

La mutation des conditions de production fait appel de plus en plus au capital-savoir

Michel Albert a en outre proposé dans Capitalisme contre capitalisme (1991) une distinction qui a remporté un certain succès entre  :

  • le capitalisme rhénan, caractérisé par un poids majeur des banques (détentrices de près de la moitié des actions des sociétés cotées, et très influentes sur les autres entreprises), et une influence importante de syndicats puissants  ;
  • le capitalisme anglo-saxon, désignant une forme où ce sont les actionnaires individuels, souvent regroupés dans des fonds d’investissement, dont les fonds de pension pour les futurs retraités, qui ont l’influence déterminante.

Cette typologie a été reprise par exemple par Alberto Alesina dans The future of Europe, Reform or Decline (2006).

Mécanismes

Dans un régime capitaliste, les biens qui forment le capital, comme tous les facteurs de production, appartiennent à des personnes ou des entreprises privées. Les rôles de détenteur de capitaux, d’apporteur de travail et d’entrepreneur y sont dissociés et peuvent être joués par des individus différents, chacun cherchant à satisfaire ses propres objectifs. Si pour l’analyse théorique il est commode d’insister sur cette séparation, en pratique un même individu peut jouer simultanément ou successivement plusieurs de ces rôles, en plus de son rôle de consommateur.

Une des caractéristiques essentielles du capitalisme est de fonctionner sur la base de la recherche du profit par le capitaliste. Le profit effectivement réalisé dépend, lui, de la réaction du marché aux offres des entrepreneurs qui mettent en œuvre ce capital.

Dans le régime capitaliste, l’existence de l’entreprise est soumise au jugement des détenteurs de capitaux, sous la contrainte de satisfaire les actionnaires, qui tiennent le destin de l’entreprise entre leurs mains. Les intérêts des hommes en tant qu’entrepreneurs sont donc subordonnés à leurs intérêts en tant que consommateurs ou détenteurs de capitaux. Cette pression subie par les producteurs tend à mettre les facteurs de production entre les mains de ceux qui savent le mieux les utiliser pour la satisfaction des actionnaires.

Cas particulier de certaines entreprises

Si, en général, le profit s’entend comme une maximisation financière pour le capitaliste en tant qu’investisseur, il existe des cas particuliers où le capitaliste recherche une maximisation à un autre titre que celui d’investisseur (d’une certaine façon, il réclame un profit en nature et non en argent). C’est notamment le cas pour les sociétés où l’investissement dans l’entreprise est subsidiaire parce que l’investisseur assume d’autres rôles, et que le capital n’est pas complètement séparé des autres éléments de l’entreprise.

Travailleurs indépendants

Un secteur très important dans les pays d’économie de marché, sont les travailleurs indépendants. Le détenteur du capital a la particularité d’être à la fois le travailleur unique et le chef d’entreprise.

Une variante de cette modalité est la société familiale, dont le capital est entièrement détenu par un groupe d’individus proches, qui tient également les commandes de l’entreprise. Il n’a de compte à rendre à personne en-dehors du groupe. Des entreprises importantes, parfois de taille mondiale, sont ainsi en dehors de la bourse.

Coopératives, mutuelles, associations, GIE, et l’économie sociale

Très généralement, les entreprises de l’économie sociale, qui regroupent les coopératives, les associations et les mutuelles  :

  • lient l’obtention du service à une adhésion (historiquement souvent soumise à une condition de statut de la personne, mais de plus en plus libre)  ; de ce fait,
  • elles ont un capital détenu par les usagers (mutuelles, associations, coopératives de crédit et de consommation) ou par leurs salariés (coopératives de production et SCIC), et
  • elles ont un capital variable, au gré des entrées et sorties de membres.
  • appliquent le principe démocratique «  une personne, une voix  » pour les prises de décision, mais
  • préfèrent traduire le profit en service «  en nature  », au profit de leurs adhérents (dans le cas où les bénéficiaires du service ne sont pas les adhérents, mais une population qu’il s’agit d’«  aider  », on peut discuter de savoir s’il s’agit encore d’une forme capitaliste car pour prendre l’exemple des assurances ou des mutuelles payantes, le profit engrangé est supérieur à l’aide fournie - car les versements se poursuivent que l’on rencontre ou non l’accident- )  ;

Ces entreprises peuvent tenir une place importante dans certains secteurs économiques (par exemple en France  : la banque, l’assurance, la santé  ; les coopératives agricoles ont même une place dominante dans le négoce et la transformation agricole).

Rien n’oblige les adhérents à être des personnes physiques  : ainsi, des personnes morales et notamment des entreprises peuvent également s’associer sous cette forme. Un Groupement d’intérêt économique leur permet de coopérer sur certains points non stratégiques ou pour lesquels la concurrence à moins d’avantage que la coopération. Cela leur permet de mettre en place des services communs (carte bancaire, approvisionnement de magasin, marketing, exportation, recherche, etc.). Deux des trois plus grands systèmes français de grande distribution sont construits autour d’un GIE, dont les adhérents sont les magasins distributeurs, propriétés de capitalistes locaux.

Le terme d’économie sociale recouvre des sociétés et groupes très divers. Ce secteur représente environ 10% des emplois en France .

Institutions

Pour des raisons historiques, il existe des groupes particuliers dont les autorités politiques reconnaissent un rôle spécifique. Les chambres de commerce, par exemple.

Cas particulier de l’État

L’État dans les pays «  capitalistes  »

L’État dispose d’un «  domaine privé  », correspondant aux propriétés privées d’un individu ordinaire ou d’un groupe privé. Très souvent, la distinction n’est pas bien faite entre ce domaine privé et le domaine public (la partie dont l’État est gestionnaire pour le compte de la collectivité). D’autant que dans certains cas un même bien peut appartenir, en fonction des circonstances, au domaine privé de l’État ou au domaine public, et que la gestion des possessions de l’État (publiques ou privées) est l’occasion de débats aussi bien théoriques que pratiques.

  • Par rapport à son domaine privé, l’État se trouve en théorie dans la même situation qu’un capitaliste ordinaire. Mais c’est en fait rarement le cas  : les impératifs et les méthode de gestion politiques l’emportent très généralement sur les exigences économiques.
  • Par ailleurs, il arrive, dans le cadre d’une économie de marché, que l’État agisse avec une participation capitalistique, mais en recherchant une optimisation politique et non une optimisation économique de sa participation  : voir économie mixte et société d’économie mixte.

L’État dans les pays «  communistes  »

Article détaillé  : capitalisme d’État.

Les communistes qui n’ont pas adhéré aux conceptions et aux pratiques qui ont instauré les régimes du «  bloc communiste  », ont dès la fin du XIXe siècle désigné par capitalisme d’État le cas où l’État est propriétaire de tout le capital (ou presque).

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, les États soviétiques ayant pratiqué cette économie, fonctionnent sous un régime de libéralisme économique avec une privatisation pratiquement totale, en général avec une appropriation par les anciennes élites.

L’impérialisme et le colonialisme

impérialisme et le colonialisme ont parfois été présentés comme des formes extrêmes du capitalisme, notamment par Rudolf Hilferding (Le Capital financier, 1910), Rosa Luxemburg (L’Accumulation du capital, contribution à l’explication économique de l’impérialisme, 1913), ou Lénine (L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916).

L’existence de pays capitalistes qui ne sont ni impérialistes ni colonialistes, par exemple la Suisse et les pays scandinaves, peut être présentée comme une réfutation de cette thèse. À cela, les auteurs marxistes répondent que ces pays sont de fait intégrés à un ensemble économique plus grand, dans lequel il y a une certaine division du travail entre les États.

A l’argument inverse qu’il existe des pays impérialistes qui ne sont pas capitalistes, par exemple la Rome antique ou l’Union soviétique, les auteurs marxistes répondent qu’ils ne prétendent pas que l’impérialisme est exclusivement capitaliste, mais que à un certain stade de développement, le capitalisme est forcément impérialiste, ce qui est fort différent.

Une puissance économique et technique (notamment en matière d’armement et de logistique) supérieure est un facteur nécessaire à l’expansion impérialiste et coloniale d’un État, et de ce point de vue, du fait du capitalisme, les États européens ont été les premiers et les mieux dotés en canons, navires et chemin de fer, conserves et moyens médicaux. Dans l’autre sens, une telle puissance économique peut rechercher des ressources qu’elle ne trouve pas ou plus sur son territoire, et le commerce pacifique n’est pas le seul moyen d’y parvenir.

On peut remarquer aussi que, dans le cas de l’Angleterre victorienne, les échanges avec les colonies (importation des colonies vers la métropole de matières premières, de biens agricoles et textiles, poussant la production en métropole vers des biens plus élaborés) ont été un facteur favorable au développement du capitalisme. En revanche, à l’inverse, pour l’Espagne des XVIe et XVIIe siècles, les richesses tirées d’Amérique du Sud ont plutôt constitué un frein qu’un moteur de développement économique.

Enfin, l’habitude prise par des gouvernements de déporter (ou de forcer à fuir) vers les colonies les criminels (ce qui incluait à leurs yeux des opposants politiques) peut également être mentionnée comme facteur politique favorable au capitalisme, bien que d’autre formes de répression sans lien avec les colonies ont pu avoir le même effet.

Critiques du capitalisme

Représentation syndicale (Industrial Unionism, 1911) de la structure hiérarchisée, pyramidale et de classe du capitalisme, incluant l'importance du soutien de l'armée ou de l'industrie de l'armement et du clergé.
Représentation syndicale (Industrial Unionism, 1911) de la structure hiérarchisée, pyramidale et de classe du capitalisme, incluant l’importance du soutien de l’armée ou de l’industrie de l’armement et du clergé.

Le capitalisme est l’objet de nombreuses controverses. Ces controverses peuvent porter :

  • sur l’accumulation du capital en elle-même,
  • sur la propriété du capital,
  • sur le comportement des propriétaires du capital,
  • sur les conséquences humaines, sociales, écologiques et économiques d’un système dont la logique de fonctionnement est la croissance du capital.

On trouve sous un régime capitaliste de nombreuses inégalités de revenu, de patrimoine, des déséquilibres d’imposition favorisant le capital au détriment du travail, etc. Beaucoup y voient un scandale spécifique au capitalisme, et préconisent d’autres systèmes.

Une autre caractéristique avancée pour le capitalisme est une forme de schizophrénie  : à cause de la séparation des rôles, le même individu s’inflige à lui-même, via la machine sociale et économique, une bonne partie des tourments dont il se plaint (l’exemple archétypique étant qu’on ne peut à la fois réclamer des prix bas et des services à tout moment du jour et de la semaine, et se plaindre des «  délocalisations  » ou des conséquences négatives pour les travailleurs). Voir à ce sujet Devereux pour qui la schizophrénie est une psychose ethnique, nourrie et entretenue par la civilisation.

Récemment, des critiques ont vu jour devant une forme exacerbée du capitalisme, comme celle de Jean Peyrelevade qui parle de «  capitalisme total  »[3]. Cet auteur propose notamment d’interdire les stocks-options comme part de la rémunération des dirigeants pour éviter les conflits d’intérêts et d’offrir des dividendes plus avantageux aux actionnaires anciens afin de limiter les allers retours spéculatifs.

Le jugement des courants de pensée économiques

Marxisme

L’analyse marxiste, inspirée par Karl Marx à travers plusieurs ouvrages, dont le plus connu est Le Capital, est que dans une société capitaliste, le prolétariat est obligé de vendre sa force de travail pour subvenir à ses besoins. Ils sont contraints de travailler pour vivre.

Cette dépendance les place dans une situation d’exploitation (domination) par les capitalistes, propriétaires du capital. La force de travail seule ne produit que de la valeur d’usage, pas de valeur d’échange, elle nécessite des matières premières et des moyens de production, donc l’usage de capital, détenu par les capitalistes. Le «  travail vivant  » (l’usage de la force de travail) est transformé en «  travail mort  » (le capital)[4].

Dans les entreprises qui survivent à la compétition, le salaire est moindre que ce que le travail effectué a créé comme valeur d’échange, une part étant prélevée par le capitaliste (propriétaire individuel, ou actionnaires) au titre de la «  rémunération du capital  » (le bénéfice de l’entreprise). En plus de ce bénéfice, le capitaliste regagne le capital investi, qui retourne alors à l’accumulation du capital (développement de l’entreprise qui lui permettra à son tour d’acheter d’autres groupes, qui lui profiteront à leur tour, outils de marketing, publicités...).

Le capitalisme implique aussi des crises de surproduction, car le but de l’économie capitaliste n’est pas de répondre à une demande, mais d’accroître les profits du capital. À cela, les marxistes opposent la socialisation des moyens de production, qui devraient être contrôlés par la collectivité dans l’intérêt de la collectivité entière et non plus d’une classe possédante. Cette transformation des rapports de production doit entraîner dans la perspective marxiste la disparition des classes sociales.

Selon les marxistes le capitalisme oppose les êtres humains entre eux (notamment par la lutte des classes), ils souhaitent donc l’abolition du capitalisme, afin de remplacer la compétition par la solidarité (ce serait alors le passage d’un capitalisme largement développé vers le socialisme - ou communisme).

Libéralisme classique

Pour les libéraux classiques, le système ne doit pas être jugé (seulement) en termes d’utilitarisme, mais (surtout) d’un point de vue moral  : il appartient aux seuls propriétaires des biens qui sont utilisés comme moyens de production de déterminer ce qu’ils font de ce capital. Les libéraux ne nient pas les rapports de forces économiques, mais ils nient qu’une intervention autoritaire puisse les équilibrer ou les résoudre  : on peut selon eux seulement les déplacer avec une perte due à la prise en compte de critères moins pertinents du point de vue de l’allocation optimum des ressources, et sans garantir de «  justice sociale  ». Toute notion d’arbitrage par l’État est alors considérée comme un leurre.

Libéralisme néoclassique

L’école néoclassique d’économie voit dans le capitalisme une coopération générale (la concurrence poussant les acteurs à se positionner au mieux compte tenu des positions des autres) qui inclut les générations passées et futures, et un accroissement de production général qui bénéficierait à tous. Une interférence du pouvoir politique ne peut que perturber le système économique, provoquer des pertes et bloquer la société

Interventionnisme

Les interventionnistes de gauche et de droite jugent le système à ses résultats sociaux. Selon eux, le capitalisme produit des rapports entre riches et pauvres toujours plus déséquilibrés en terme de pouvoir et d’inégalités économiques, et une sclérose sociale qui nuit à l’économie générale. Il appartient alors au pouvoir politique de rétablir à la fois l’équilibre et les conditions de la prospérité générale et de développement.

Selon leur sensibilité à l’un ou l’autre aspect et leur appréciation globale de la situation, les utilitaristes préconiseront un arbitrage politique variable adapté.

Notes et références

  1. Dictionnaire historique de la langue française, édité par Alain Rey, Dictionnaire Le Robert, Paris, 1992.
  2. Définition de capitalisme financier , vernimmen.net
  3. Jean Peyrelevade, Le Capitalisme total, Seuil, 2005.
  4. Karl Marx, Le Capital, chapitre 10.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Ouvrages fondateurs

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bbotella, 21 novembre 2008 09:24

PS

Ségolène Royal ou Martine Aubry : les militants socialistes retournent aux urnes vendredi soir pour départager ces dirigeantes qui briguent toutes deux la direction du PS, dans un duel qui s’annonce serré. Au premier tour du vote des adhérents jeudi, Ségolène Royal a montré son implantation, en recueillant 43,10% des (...)

Comment fonctionnent les prud’hommes ?

werdna, 21 novembre 2008 08:45

Justice, Travail

Ouest-France – 17/11/08 Près de 20 millions d’employeurs, salariés et chômeurs votent le 3 décembre. Les conseillers qu’ils éliront jugent les litiges nés du contrat de travail. . • Qui sont les prud’hommes ?Le [...]

De Jimi Hendrix à Barack Obama, une Amérique réconciliée

Jean-Pierre Filiu, 21 novembre 2008 08:42

Etats-Unis

(De Seattle) La "Bannière étoilée", l’hymne américain, retentit. Ou plutôt il rugit et prend aux tripes. Jimi Hendrix le transfigure sur sa blanche guitare et le décor de Woodstock s’évanouit dans un fondu au noir. En quinze mètres sur vingt-cinq, et des décibels à l’avenant, l’expérience est formidable et la "Star Spangled (...)

François Hollande, dernières heures à Solferino

LaTeleLibre.fr, 21 novembre 2008 08:28

François Hollande

VIDEO DANS L’ARTICLE FIN DE PARTIE Nous avons rencontré le premier secrétaire du PS dans son bureau presque vide. François Hollande, après 11 ans à la tête du PS, se prépare à quitter le siège de la rue de Solférino. Interview avec celui qui avait jusque-là toujours réussi à s’effacer pour maintenir l’unité, au prix (...)

La devise socialiste du jour

Trublyonne, 21 novembre 2008 08:23

PS

Peer to Patent, lutter à plusieurs contre les brevets triviaux

PCinpact, 21 novembre 2008 07:47

Propriété intellectuelle

Le Peer to Patent est un projet créé en 2007 par la Community Patent Review Project of the Institute for Information Law and Policy at NY Law School en partenariat avec l’office américain des brevets (USPTO).

Anti-sapiens : le panga

Eco Sapiens, 21 novembre 2008 07:42

Société de consommation

Connaissez-vous ce poisson fort à l’honneur depuis sa récente médiatisation. Une parfaite illustration de ce qui se cache derrière un poisson bon marché. Pas d’arêtes dans le panga ?

Panne ? Interprétez les bruits suspects de votre disque dur

PCinpact, 21 novembre 2008 07:10

Numérique

DataCent Data Recovery vient de publier la liste de plusieurs bruits typiques d’un disque dur mal en point ou proche de l’agonie. Qu’ils soient de Western Digital, de Seagate, de Maxtor, Samsung, Hitachi/IBM, Toshiba, Fujitsu ou Quantum, les disques (...)

Sauvons la loi SRU

abadinte, 21 novembre 2008 07:08

Logement

Signez la pétition Le 20 octobre dernier, les sénateurs ont supprimé l’article 17 du projet de loi Boutin, qui visait à comptabiliser l’accession sociale à la propriété dans le quota minimal de 20 % de logements locatifs sociaux qui s’impose, en agglomérations, à chaque commune en application de l’article 55 de la loi SRU (...)

La mer monte encore mais pas toujours pour les mêmes raisons

CNRS, 21 novembre 2008 07:04

Sciences, Environnement

La fonte accélérée des glaces continentales explique en grande majorité la hausse du niveau marin au cours de la période 2003-2008, c’est ce que vient de découvrir des chercheurs du Laboratoire d’études en Géophysique et océanographie spatiales (1) (CNRS/Université Toulouse 3/CNES/IRD) et d’une filiale du CNES (CLS) (2), (...)

BIO : Tout savoir sur le sommeil.

B.C. - IdC Bordeaux, 21 novembre 2008 06:55

Sciences

Futura Science propose cette semaine un intéressant dossier : Tout savoir sur le sommeil. Curieusement alors qu'il occupe le tiers de notre vie, l'homme éveillé a longtemps ignoré la physiologie et les pathologies liées au sommeil. Nos connaissances ne progressent que depuis les années 1950. Elles sont (...)

Et Obama conquit l’Amérique

patrick, 21 novembre 2008 05:54

Elections américaines, Barack Obama

FABRIQUE DES IDÉES. Pronostiquée par les sondages, l’élection de Barack Obama apparaît rétrospectivement comme une victoire annoncée et acquise facilement. L’idée d’un raz-de-marée est reprise par les médias, comme si les Etats-Unis se réveillaient subitement démocrates pour tourner la page de l’ère Bush. Josh Pacewicz et (...)

La petite phrase

Aline, 20 novembre 2008 18:02

PS

"Pour qu’un autre monde soit possible, il faut qu’un autre parti socialiste soit possible". Jean-Louis Bianco, lors du dernier meeting de Ségolène Royal à Paris, le 19 novembre.

Journée internationale de l’enfance : oubliée ?

Betablog, 20 novembre 2008 17:05

Droits de l’homme, citoyenneté

Ceci est plus une brève qu’un article. Simplement pour vous rappeler qu’aujourd’hui, c’est la journée internationale de l’enfance... où l’on serait censé entendre parler du non respect des droits de l’enfant partout dans le monde. Vous savez, c’est l’une de ces journées que l’on dédie à une cause ignorée les 364 autres (...)

Video : pendant que le PS se déchire, Carla Bruni vend son disque aux USA

, 20 novembre 2008 17:00

Dans la famille Sarkozy, on n’arrête pas le profit ^_^ Mais le mieux est quand même de l’entendre raconter la façon dont elle a rencontré Nicolas : Carla Bruni a dit que l’amour entre elle et Nicolas Sarkozy avait été un "coup de foudre" mais que la rencontre, qui date d’un an, avait été "organisée". "Il y a eu une soirée (...)

Soutien aux enseignants en grève le 20 novembre

Congres-socialiste.com, 20 novembre 2008 16:17

PS

Le Parti socialiste soutient le mouvement de grève des enseignants engagés ce jeudi 20 novembre pour la défense de l’Ecole publique et laïque.

PS : un homme, deux femmes, trois possibilités...

Napakatbra, 20 novembre 2008 15:14

PS

Dans le noir de la "nuit des résolutions", il était difficile de s'y retrouver. Lorsque le soleil s'est levé, tout le monde était parti. Eclipse totale au congrès de Reims. Récit d'une histoire sans fin... en lire plus

Relance du volontariat

Nicolas, 20 novembre 2008 15:11

Travail, Quinquennat Sarkozy, pouvoir d’achat

Le dossier du jour du Parisien porte sur la « politique de volontariat » prônée par Nicolas Sarkozy : la retraite à 70 ans, le travail le dimanche, les heures supplémentaires, le nouveau machin pour les conducteurs de fret à la SNCF… Lire ça en prenant son café le matin alors qu’une fine bruine tombe sur Bicêtre est (...)

Réalité de la critique ?

Nonfiction, 20 novembre 2008 14:48

Lectures

"Une réflexivité élégiaque" ; cette expression nous paraît la plus à même de caractériser le dernier ouvrage de Luc Boltanski. Pourquoi faire référence au style littéraire de l’antique Catulle ? De prime abord, "Elégie" est l’intitulé du court chapitre d’introduction de Rendre la réalité inacceptable, marqué (...)

Appel du 8 Novembre : l’Éducation Nationale en danger ! Pour une vraie formation des enseignants

HNS Info, 20 novembre 2008 14:41

Education, Recherche

Les enseignants-chercheurs, les enseignants, les chercheurs, les parents d’élèves, les membres du personnel de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur ou de la recherche et les étudiants, réunis ce samedi 8 novembre à l’Université Diderot-Paris 7, protestent contre la mise en œuvre précipitée d’une réforme (...)

15 secondes de violence gratuite

vidberg, 20 novembre 2008 14:22

humour

Ça ne se fait plus trop, mais, plus que les gags en eux mêmes, j’ai toujours eu un faible pour les dessins sous-titrés “sans légende” Dans la rubrique “ça n’a rien à voir”, Pénélope Bagieu a lancé hier un blog/bd sponsoris

Elections au PS : le Conseiller et le candidat

Josh Lyman, 20 novembre 2008 14:20

PS

« Mes chers camarades ! Il serait facile pour moi à cette heure, d’invoquer les mânes de nos Pères fondateurs pour tenter de faire vibrer, dans cette belle salle de congrès où vous voici tous rassemblés, la fibre militante qui vous est, depuis des décennies, commune. Mais ne comptez pas sur moi pour me livrer à de vaines (...)

Quand Kouchner fait la leçon à Obama sur l’Iran

Pierre Puchot, 20 novembre 2008 14:10

Bernard Kouchner, Barack Obama

La France ne veut pas de négociations directes des Etats-Unis avec l’Iran, et elle le fait savoir. en lire plus

Samedi 29 novembre 2008 - Journée internationale sans achat 2008

Relevé sur le Net..., 20 novembre 2008 14:05

Société de consommation

À tous les tartufes qui vont nous dire : « Vous n’avez pas honte d’appeler à une Journée sans achat alors que le monde est en crise ? », nous rappelons que le plus sûr moyen d’aggraver la crise est de continuer dans la fuite en avant du consumérisme sans être capables de s’arrêter pour réfléchir. La société de consommation (...)

Un « New Deal écologique » pour réagir à des crises convergentes

HNS Info, 20 novembre 2008 13:23

Environnement, Crise mondiale

Le réseau international d’ONG Banktrack, dont les Amis de la Terre sont membres, vient de publier un document de proposition qui dénote dans la production de textes sur la crise actuelle. Il caractérise en effet la crise comme étant non seulement économique et financière, mais également de gouvernance et de soutenabilité. (...)

Vincent Peillon : "Rocard plus proche de Filoche que de Royal..

Marc Vasseur, 20 novembre 2008 12:37

Michel Rocard, Vincent Peillon

Excellent Vincent Peillon... très pédagogique, dans un esprit rassembleur et combatif. Expliquant clairement ce qu'il s'est passé. Et cette phrase, " à travers nos histoires personnelles, je ne comprends pas que Michel Rocard se sente plus proche de Gérard Filoche que de (...)

La crise, a qui la faute ? Aux mâles, bien sûr !

marie muzard, 20 novembre 2008 12:17

Femmes, Crise mondiale

Sais-tu pourquoi la BNP n’a pas fait les mêmes conneries que les autres banques ? Parce - qu’elle emploie une majorité de femmes et 40% des cadres sont femmes. Or les femmes ont une vision plus long terme, plus prudente, si tu veux un bon banquier prends une banquière !!! Cet ami qui travaille dans une grande banque (...)

DivX annonce des résultats en baisse et attaque Yahoo en justice

Numerama, 20 novembre 2008 12:05

Numérique

Alors qu’il semble avoir réussi son virage en passant de l’image d’un célèbre codec employé par les pirates à une véritable entreprise au service de l’industrie audiovisuelle, DivX annonce qu’il revoit à la baisse ses prévisions de résultats pour cette année. Rien d’alarmant cependant, puisque la firme prévoit désormais entre (...)

Poursuivre un tiers quand on bénéficie d’une immunité pénale ...

Farid, 20 novembre 2008 11:42

Quinquennat Sarkozy

Il y a bien un canard qui ne se lasse pas de nous faire savoir que nous sommes les dindons de la farce de ce truculent septennat de 2 fois 5 ans. « Bakchich », a sans doute été l’un des premiers à révéler que Nicolas Sarkozy a porté plainte "pour atteinte à la vie privée", "faux, usage de faux et recel" et "dénonciation (...)

La société telle qu’on la mérite ?

Posuto, 20 novembre 2008 11:25

luttes sociales

Par RV Que reprocher vraiment au PS ? Se déchirer sur des projets ? Normal, les débats sont sains. Se déchirer pour des problèmes d’ego ? Humain ; pitoyable certes, mais humain. Donner le spectacle d’élus coupés du peuple ? Vous en connaissez des élus proches du peuple ? Impossible, avec la vie qu’ils mènent. Ils sont (...)

Les stéréotypes inconscients qui façonnent les petits garçons et les petites filles

Libertés Internet, 20 novembre 2008 10:54

Femmes, Discriminations

[Le Monde - Anne Chemin - 17/11/2008] Une chercheuse suédoise a constaté que dès l’âge de 1 an, filles et garçons n’étaient pas traités de la même façon. Elles glissent en riant sur les toboggans, grimpent avec énergie sur les bancs, s’emparent des voitures à roulettes que les animatrices ont mises à leur disposition. Emma, (...)

Yes We Can... foutre le bordel

Intox 2007, 20 novembre 2008 10:21

Intox

Ca pourrait être la devise du PS qui risque de sortir des urnes, devant tant de désinform